
Le journaliste vénézuélien Boris Muñoz a publié ce samedi dans El País une analyse approfondie sur l'accord pétrolier entre l'administration Trump et le gouvernement vénézuélien de Delcy Rodríguez, dans laquelle il lance un appel direct à la leader de l'opposition María Corina Machado : « elle doit défier simultanément le Rodrigato et la tutelle qui le soutient ».
Muñoz qualifie le soi-disant « plus grand accord pétrolier du siècle » de « pacte faustien » et le résume par une phrase qui donne titre à sa colonne : « Ils ont vendu le Venezuela avec les Vénézuéliens à l'intérieur ». Selon lui, l'accord — négocié par l'intermédiaire de l'homme d'affaires controversé Alejandro Betancourt — est « spurius du début à la fin » en raison de son opacité, de son manque de légitimité démocratique et de la cession de souveraineté qu'il implique.
Selon les termes divulgués jusqu'à présent, les États-Unis obtiendront une participation de 35 % dans la société mère de North American Blue Energy Partners (NABEP), tandis que le Département d'État aura le droit garanti d'acquérir à prix coûtant 20 % de la production des champs exploités par la société.
Le pacte accorde à NABEP des droits sur 17 champs pétroliers vénézuéliens contenant environ 65 milliards de barils de réserves et, selon Washington, les concessions auront une durée de 100 ans, bien que Caracas ait évoqué un projet binational de 25 ans. L'accord prévoit de mobiliser environ 100 milliards de dollars d'investissements. Ses termes ont suscité des critiques tant de la part des dirigeants de l'opposition que de figures dissidentes du chavisme, une coïncidence sans précédent en plus de deux décennies.
Muñoz introduit le terme « Rodrigato » pour désigner le gouvernement de Delcy Rodríguez (qui a son frère Jorge Rodríguez à la tête de l'Assemblée nationale) et décrit la logique de l'accord avec précision : « Le Rodrigato livre le pays en échange du pouvoir ». Le chavisme au pouvoir obtient une survie politique ; Washington, un accès privilégié à l'une des plus grandes réserves de pétrole du monde.
Le secrétaire d'État Marco Rubio a confirmé que les États-Unis doivent contrôler les revenus pétroliers vénézuéliens pour empêcher que les dirigeants et les élites « ne s'approprient à nouveau la rente », bien que — souligne Muñoz avec ironie — ces dirigeants et ces élites soient les mêmes qui sont au pouvoir depuis presque trois décennies.
Le chroniqueur identifie Betancourt comme la pièce maîtresse du réseau. Selon une enquête de Marc Caputo dans Axios, c'est lui qui a connecté Rodríguez avec Rubio dans la nuit du trois janvier 2026, tandis que des troupes américaines assaillaient le Fuerte Tiuna pour capturer Nicolás Maduro. The Financial Times a également révélé que l'accord ouvre la porte à des entreprises pétrolières, financières et de communication liées à Trump, parmi lesquelles Sable et Primavera, indique l'analyste.
L'analyse consacre sa partie la plus critique à la position de Machado. Après plusieurs jours de silence, la leader de l'opposition a rompu son mutisme avec une vidéo dans laquelle elle a exprimé « tristesse et rage » et a remis en question la légitimité du régime à engager le patrimoine national : « Le patrimoine de notre terre n'appartient pas à un régime illégitime, il appartient au peuple vénézuélien ». Cependant, elle a évité de désigner l'administration Trump comme coréresponsable de l'accord.
Muñoz considère cette prudence comme une erreur stratégique : dénoncer seulement l'un des signataires équivaut à accepter l'autre. Il avertit que « Machado risque de se retrouver piégée dans la logique du pacte faustien » et rappelle que la diplomatie de la déférence a déjà échoué : Machado a remis à Trump son diplôme du prix Nobel de la Paix après le trois janvier, « lorsque le leader MAGA l'a humiliée en la qualifiant de faible et sans respect ».
Trump, pour sa part, a écarté les élections immédiates en affirmant que le Venezuela « n'est pas prête », une position qui — souligne Muñoz — n'est pas anodine : les élections introduiraient l'incertitude que la nouvelle architecture du pouvoir a été conçue pour éviter.
Face à ce dilemme, le chroniqueur propose une troisième voie : que Machado « prenne sa place », tout comme l'a fait le Premier ministre canadien Mark Carney en répondant par des tarifs réciproques à Trump, même en sachant le coût économique que cela représente pour le Canada. Muñoz soutient que Machado n'a pas besoin d'égaler le pouvoir de Trump, mais de tirer parti du seul atout que personne d'autre ne possède : le soutien majoritaire des Vénézuéliens, qui l'ont élue comme leader de l'opposition avec une écrasante majorité.
La feuille de route tracée par le journaliste est claire : désobéir à Trump, retourner immédiatement au Venezuela, regrouper une opposition fragmentée et mobiliser la population pour exiger le renouvellement du Conseil national électoral et des élections présidentielles libres. Muñoz termine son analyse par un avertissement qui résume la gravité de la situation : « C'est ainsi que le Venezuela pourra conserver vive l'espoir de conquérir sa liberté et de renégocier l'accord pétrolier du siècle, sans être relégué dans l'histoire comme une colonie de fait qui n'atteindra même pas à devenir l'état 51 de l'Union ».
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