
Des dizaines de maîtres et de professeurs du District 1 José Martí de Santiago de Cuba sont concentrés depuis des heures ce samedi au Théâtre Heredia en attendant de pouvoir retirer en espèces leurs salaires, selon une dénonciation recueillie par le journaliste indépendant Yosmany Mayeta Labrada.
Une enseignante qui a demandé à protéger son identité a expliqué que le point bancaire ouvert dans ce lieu culturel a subi une interruption de connexion depuis vendredi, ce qui a interrompu les opérations de prélèvement.
À 10 h 00 ce samedi matin, le personnel de la banque n'était toujours pas arrivé sur place pour fournir des explications ni offrir des solutions, selon le témoignage recueilli par Mayeta Labrada.
Des photographies prises sur place à la même heure montrent des dizaines de personnes attendant à la fois à l'intérieur et à l'extérieur du Teatro Heredia, certaines assises par terre pendant que le temps passait.
L'épisode illustre la double crise à laquelle sont confrontés les enseignants cubains : non seulement recevoir un salaire est incertain, mais le transformer en espèces est devenu une épreuve à part entière. « Recevoir un salaire est déjà difficile ; pouvoir le convertir en liquide ne devrait pas également se transformer en une journée d'incertitude », a écrit Mayeta Labrada en publiant la dénonciation.
La situation à Santiago de Cuba n'est pas nouvelle. Le 3 septembre, à peine neuf jours avant cet incident, les distributeurs automatiques de la gare ferroviaire de la ville se sont retrouvés couverts d'excréments, ce qui a été interprété comme une protestation spontanée contre le manque de liquidités.
Dans les mois précédents, certaines agences bancaires de la province ne prenaient en charge que 50 retraités par jour, obligeant ainsi beaucoup à faire la queue dès l'après-midi précédent, tandis que changer un virement contre des billets pouvait coûter jusqu'à 50 % de commission.
Le Banco Central a émis en juillet la Résolution 74/2026, qui a supprimé le plafond de 5,000 CUP pour les opérations en espèces entre les acteurs économiques, mais cette mesure n'a pas résolu la pénurie structurelle de liquidités dont souffre le pays.
Le secteur éducatif traîne également ses propres retards. La Résolution 18/2026 du Ministère du Travail a mis à jour les salaires des enseignants à partir de juillet —entre 6,130 et 7,735 CUP mensuels selon le niveau de formation—, mais les problèmes de paiement persistent dans plusieurs provinces.
Une enseignante d'Urbano Noris, Holguín, a dénoncé en août qu'elle n'avait pas été payée depuis mai, et à Camagüey, on a signalé au moins deux mois de salaires en retard pour les enseignants.
Cet épuisement accumulé a des conséquences directes : l’exode des enseignants a laissé au début de l'année scolaire 2026-2027 un déficit de 24 000 postes enseignants vacants dans tout le pays, un chiffre qui reflète l'effondrement d'un système qui ne parvient pas à retenir ceux qui le soutiennent.
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