Les droits de l'homme à Cuba aujourd'hui

Vieux malade, dans une rue de Cuba.Photo © CiberCuba

Parler aujourd'hui des droits de l'homme à Cuba signifie parler d'une crise qui touche pratiquement toutes les dimensions de la vie nationale : les droits civils et politiques, les droits économiques, sociaux et culturels, la terrible situation pénitentiaire, l'accès à la nourriture, la santé, le logement, l'eau, l'électricité et, en définitive, du droit de millions de Cubains à vivre avec dignité.

Cuba continue d'être un État communiste à parti unique. Il n'existe pas d'élections  libres et compétitives entre différents partis, et le système judiciaire manque d'indépendance. Freedom House classe Cuba en 2026 comme un pays « Non Libre » et lui accorde seulement 9 points sur 100 possibles : zéro sur 40 en droits politiques et 9 sur 60 en libertés civiles. La propre organisation indique que l'État proscrit le pluralisme politique, empêche l'existence de médias véritablement indépendants et restreint sévèrement les libertés fondamentales. 

À Cuba, les droits fondamentaux restent sévèrement restreints : la liberté d'expression, de la presse, d'association, de réunion, de manifestation pacifique et d'organisation politique indépendante. Des citoyens sont arrêtés, poursuivis, emprisonnés et torturés pour avoir participé à des manifestations, exprimé des critiques, documenté des abus ou publié sur les réseaux sociaux.

Le problème ne réside pas seulement dans la manière dont agit la police politique. Il existe en outre tout un système législatif qui facilite la criminalisation du dissentiment. Amnesty International et Human Rights Watch ont averti que plusieurs articles du code pénal sont utilisés contre des expressions et des activités pacifiques protégées par le droit international.

Les conséquences sont visibles. Selon Prisoners Defenders, à la fin août 2026, il y avait 1 339 prisonniers politiques et de conscience à Cuba. Parmi eux, 155 étaient des femmes et 38 avaient été arrêtés alors qu'ils étaient encore mineurs. De juillet 2021 à août 2026, cette organisation a documenté 2 167 personnes qui ont figuré sur ses listes de prisonniers politiques. Parmi ceux actuellement enregistrés, 463 présentent des pathologies médicales graves et 54 souffrent de troubles psychiatriques graves.

Pero la violation des droits humains à Cuba ne se limite pas aux droits politiques. La nation traverse une crise économique, sociale et humanitaire extraordinairement profonde. La neuvième étude sur les droits sociaux de l'Observatoire Cubain des Droits Humains, basée sur 1.318 interviews réalisées dans 79 municipalités de toutes les provinces entre juin et juillet 2026, a estimé que 94 pour cent de la population se trouvait dans des conditions de pauvreté extrême, selon la méthodologie employée par l'organisation. Soixante-huit pour cent des personnes interrogées ont déclaré des revenus familiaux inférieurs à 20.000 pesos par mois. 

Cela se traduit par la faim, la perte accélérée du pouvoir d'achat, la malnutrition parmi les secteurs vulnérables, la détérioration de la santé publique, la pénurie de médicaments, de graves problèmes de transport, des logements dans des conditions critiques, des défaillances dans les aqueducs et l'assainissement, ainsi que des accumulations de déchets qui ont transformé des zones entières de nombreuses villes en foyers d'insalubrité.

Le système électrique constitue l'un des exemples les plus dramatiques. La Cuba a souffert en 2026 de huit collapsus nationaux du système électroénergétique et de coupures de courant qui, dans certaines régions, dépassent largement les vingt heures. De nombreux villages passent jusqu'à 3 jours sans électricité. La détérioration des centrales électriques, le manque d'investissements et de maintenance, ainsi que la pénurie de carburant font partie du problème. 

Le régime cubain accuse les États-Unis de la grave crise que traverse la plus grande des Antilles, mais les faits démontrent la fausseté de telles accusations. Les États-Unis continuent d'exporter des biens vers Cuba. Les données montrent 674 millions de dollars en exportations de biens entre janvier et juillet 2026. Rien qu'en produits alimentaires et agricoles, durant le premier semestre, les ventes se sont élevées à environ 219 millions de dollars. Des exportations de combustible destinées au secteur privé cubain ont également été autorisées. Par conséquent, la relation économique entre les deux pays est bien plus complexe que l'affirmation d'un isolement commercial absolu.

De la nation voisine arrive sur l'île la plus grande quantité de remises envoyées de l'étranger. Washington est également celui qui consacre le plus d'aide humanitaire aux personnes les plus vulnérables à Cuba.

Les sanctions américaines visent le régime répressif et ont pour objectif la libération des prisonniers politiques et la transition démocratique.

Au milieu de cette situation dramatique, alors que des citoyens désespérés protestent contre les coupures de courant, l'eau, la nourriture, les salaires ou toute autre injustice, la dimension répressive de la crise refait surface.

Cubalex a documenté uniquement au cours du mois d'août 94 manifestations publiques, principalement motivées par des coupures de courant prolongées, et 280 événements répressifs qui comprenaient des centaines d'incidents de harcèlement. Prisoners Defenders a également documenté des cas de citoyens emprisonnés après avoir réclamé de l'eau et de l'électricité, y compris des mineurs.

Mais il existe une réalité encore plus terrible : les prisons. Les chiffres exacts de la population pénitentiaire cubaine sont difficiles à vérifier car l'État ne publie pas d'informations transparentes et ne permet pas de supervision indépendante. Prisoners Defenders utilise comme référence une estimation d'environ 90 000 personnes privées de liberté, issue d'estimations pénitentiaires internationales. En avril de cette année, ils ont également publié une étude sur l'alimentation dans les prisons basée sur des photographies et des témoignages directs. Leur estimation des rations documentées était frappante : à peine entre 250 et 353 calories par jour dans les cas analysés, une fraction des besoins normaux d'un adulte.

L'organisation avertit qu'il ne s'agit pas de mesures de laboratoire de toutes les prisons, mais d'une estimation technique réalisée à partir des rations documentées. Personnellement j'ai été témoin jusqu'en octobre 2025 de la terrible tragédie du système pénitentiaire du régime communiste et victime directe de passages à tabac et de tortures physiques et psychologiques.

Les dénonciations décrivent la faim, la malnutrition sévère, le manque de nourriture en bon état, l'absence de médicaments, la pénurie d'eau potable, le surpeuplement, l'isolement, la violence, les passages à tabac, des maladies contagieuses telles que la tuberculose et la gale, des infestations de punaises de lit et d'autres insectes, des rongeurs et l'absence de soins médicaux adéquats.

Cubalex a fourni des chiffres encore plus préoccupants. Entre février 2024 et juin 2026, 115 décès liés à des établissements pénitentiaires ont été documentés. Dans environ 80 cas — près de 70 pour cent — une négligence ou un refus de soins médicaux a été identifiée. Dans cet ensemble, au moins 21 décès étaient liés à une malnutrition sévère ou à la famine, et 12 étaient associés à la tuberculose. Sept personnes ont été libérées ou ont reçu une autorisation de sortie lorsque leur état était déjà irréversible et sont décédées quelques heures ou jours après. Mais les chiffres sont plus élevés. Il y a toujours beaucoup plus de cas que ceux qui parviennent à être documentés. Il est très difficile d'obtenir des informations en temps voulu de toutes les prisons.

Il existe des histoires qui expliquent mieux les statistiques. Cubalex a rapporté le cas d'un prisonnier de 34 ans à Las Tunas qui, selon les informations reçues par l'organisation, mesurait environ 1,78 mètre et pesait seulement 32 kilogrammes lorsqu'il était déjà dans un état critique. C'est une image brutale de jusqu'où peut aller la malnutrition pénitentiaire. Nous avons vu et il y a des prisonniers politiques en état de malnutrition sévère.

Depuis 2021, une dizaine de prisonniers politiques sont décédés en prison ou récemment libérés dans un état critique.

J'ai dénoncé à plusieurs reprises un autre grave problème : la corruption pénitentiaire. Les prisons fonctionnent comme des fiefs où prolifèrent des marchés illégaux, des privilèges, des extorsions et des abus. Lorsque la transparence fait défaut, que la supervision judiciaire est ineffective et que l'accès aux prisons est indépendant, les possibilités d'abus et de corruption se multiplient. Les agents corrompus deviennent de dangereux instruments de répression. La police politique les tient en son pouvoir.

Les familles des prisonniers, principalement basées à l'étranger, financent en grande partie le système pénitentiaire du régime cubain. Elles nourrissent les détenus, paient l'électricité, la peinture et même les matériaux nécessaires pour réparer les barreaux des prisons. Les gardiens de prison vendent toutes sortes de services à ceux qui peuvent se les permettre.

Le résultat est que la prison ne punit pas seulement ceux qui y sont enfermés. Elle terrorise également ceux qui sont à l'extérieur. Lorsque la population prend connaissance de la faim, des maladies, de la violence et de l'impuissance qui existent derrière les murs et les toits, la possibilité de finir là-bas devient un puissant mécanisme d'intimidation sociale.

Cependant, les manifestations se poursuivent. Elles continuent parce que la peur a des limites lorsque qu'une famille n'a pas d'électricité pendant des heures interminables, lorsqu'elle ne trouve pas de médicaments, lorsque qu'un ancien ne peut pas se nourrir correctement, lorsque l'eau n'arrive pas ou lorsque le salaire ne suffit presque à rien.

À cela s’ajoute la montée de l’inquiétude sociale face à la criminalité, aux drogues, aux vols violents, aux meurtres et à l'insécurité publique. Dans un pays traversant une crise économique aussi profonde, la sécurité des personnes devrait constituer une priorité essentielle pour l'État. Aucun gouvernement ne peut justifier le déploiement de ressources énormes à la répression pour des raisons politiques pendant que la population réclame une plus grande protection contre la violence et le crime.

La conclusion est simple et profondément préoccupante. La crise cubaine n'est pas seulement économique. C'est une crise intégrale des droits humains, des libertés fondamentales de la personne, de l'alimentation, de la santé, du logement, de l'eau et de l'électricité. Et c'est aussi une terrible crise pénitentiaire.

Les Cubains avons besoin et souhaitons que tous les droits universellement reconnus puissent être réellement exercés : liberté d'expression, liberté de presse, liberté d'association, liberté syndicale, liberté de réunion et de manifestation, pluralisme politique, procédure régulière, indépendance judiciaire et élections véritablement libres.

Et nous avons besoin de quelque chose d'immédiat et d'incontournable : la libération de toutes les personnes emprisonnées arbitrairement pour avoir exercé pacifiquement ces droits fondamentaux.

Parce que le premier droit d'un peuple est de pouvoir s'exprimer sans peur, de s'organiser sans peur, de revendiquer sans peur et de décider librement de son propre avenir. Et pour sortir de la grave crise que vit Cuba, pour récupérer tant de droits bafoués, nous avons besoin de la solidarité croissante de l'Allemagne, de l'Union européenne et de tout le monde libre et civilisé.

Vidéos associées :

Archivé dans :

Article d'opinion: Las declaraciones y opiniones expresadas en este artículo son de exclusiva responsabilidad de su autor y no representan necesariamente el punto de vista de CiberCuba.

José Daniel Ferrer García

José Daniel Ferrer García (Palma Soriano, 1970). Coordonnateur de l'UNPACU et président du Parti du Peuple.