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La ministre colombienne Rosa Villavicencio a rouvert cette semaine le débat régional sur une “solution négociée” pour Nicolás Maduro, en déclarant depuis Madrid que la Colombie serait prête à soutenir un plan de transition garantissant la sécurité personnelle du dictateur vénézuélien en échange de nouvelles élections légitimes.
“Maduro peut s'en aller sans avoir à passer par la case prison et permettre l'arrivée de quelqu'un capable de conduire une transition démocratique”, a déclaré Villavicencio lors d'une interview avec Bloomberg, lors d'une visite officielle en Espagne. Selon la cheffe de la diplomatie colombienne, cette option serait “la plus saine” pour le pays et la région.
Les déclarations s'alignent avec une série de messages similaires émis des mois auparavant par le président colombien Gustavo Petro et son homologue brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, qui en 2024 ont insisté sur la nécessité de convoquer de nouvelles élections au Venezuela après des élections largement contestées pour fraude et exclusion de candidats de l'opposition.
Cependant, ces déclarations —bien qu'elles aient été réactivées maintenant par Villavicencio— ne constituent pas une proposition nouvelle ni coordonnée entre Bogotá et Brasilia.
En fait, la dernière fois que les deux gouvernements ont publiquement encouragé une solution électorale, c'était avant le déploiement du groupe aéronaval du porte-avions américain USS Gerald R. Ford dans les Caraïbes, et non en réaction directe à ce mouvement militaire.
Un plan parallèle au sein du chavisme
En parallèle des propositions publiques de la Colombie et du Brésil, des rapports récents ont circulé concernant un plan interne et confidentiel du régime vénézuélien, dirigé par Delcy Rodríguez et Jorge Rodríguez, visant à offrir aux États-Unis une transition sans Maduro.
Selon une enquête du quotidien Miami Herald et reprise par des médias comme Euronews, les frères ont présenté au moins deux propositions formelles en 2025 — l'une en avril, l'autre en septembre — dans lesquelles Maduro renoncerait dans un délai de trois ans et Delcy prendrait la présidence pour achever le mandat jusqu'en 2031.
Le plan aurait été canalisé par l'intermédiaire d'intermédiaires au Qatar, avec l'intention de montrer à Washington qu'une version "plus digeste" du chavisme était prête à prendre les rênes.
Cependant, la Maison Blanche aurait explicitement rejeté l'offre, en considérant qu'elle ne servait qu'à préserver les structures du pouvoir chaviste — ce que Washington n'est pas prêt à tolérer.
Cet élément interne de la crise du régime réaffirme la thèse de l'analyste Martin Rodríguez y Rodríguez : bien que la sortie de Maduro soit négociée, le véritable facteur de changement sera la fracture interne au sein du pouvoir militaire et économique du chavisme, et non seulement les accords diplomatiques.
Un geste diplomatique avec peu de chances de succès
Pour Rodríguez, auteur d'un récent commentaire dans The Washington Times, les appels à une sortie négociée arrivent trop tard et manquent de fondement réaliste.
« Le régime de Caracas n'est pas un gouvernement conventionnel, mais un réseau de protection criminelle », écrit l'expert, qui soutient que Maduro ne dispose plus de cohésion militaire ni de soutien populaire pour maintenir un processus de transition ordonnée.
Selon son analyse, la structure de pouvoir chaviste ressemble à un "équilibre de méfiance", où chaque faction craint la trahison des autres. Dans ce contexte, une menace réelle à leur sécurité ou à leur richesse provoquerait la fuite, pas la résistance.
Cette thèse contraste avec l'approche gradualiste de la Colombie et du Brésil, qui cherchent à maintenir des canaux de dialogue pour éviter une crise humanitaire ou un conflit ouvert dans la région.
Néanmoins, les expériences antérieures de médiation —du dialogue d'Oslo aux rounds de Mexico— montrent un schéma constant : le chavisme gagne du temps, réorganise son appareil répressif et divise l'opposition.
Washington fait pression, les Caraïbes se réchauffent
Pendant ce temps, Washington a renforcé sa présence militaire dans les Caraïbes et a durci son discours sur le Venezuela. L'administration de Donald Trump a réaffirmé qu'elle n'acceptera pas une nouvelle farce électorale et qu'elle maintiendra "toutes les options sur la table".
Le déploiement de l'USS Gerald R. Ford a été interprété par des analystes régionaux comme un message direct à Caracas, à un moment où les réseaux de renseignement américains détectent des fractures dans l'état-major militaire vénézuélien et des mouvements financiers inhabituels entre les hauts responsables du chavisme.
Dans ce scénario, les offres de « retrait sécurisé » ou de « garanties personnelles » que Bogotá et Brasilia promeuvent perdent de l'adhésion politique et de la valeur stratégique. Comme le souligne Rodríguez, les régimes autoritaires ne tombent généralement pas par la négociation, mais lorsque leur base militaire refuse de continuer à lutter.
“Une séquence soigneusement orchestrée, une intelligence dirigée et le souvenir du Panama provoqueront un effondrement, non un chaos”, conclut l'analyste, en référence au précédent de la chute de Manuel Noriega en 1989.
Une montre qui tourne à Caracas
L'initiative colombienne semble davantage un geste diplomatique qu'une feuille de route viable.
Le Brésil, de son côté, adopte une position ambiguë : Lula continue de défendre le dialogue, mais sans présenter de plan formel pour de nouvelles élections ni de garanties de sortie.
En revanche, les faits sur le terrain —corruption interne, méfiance entre les dirigeants et pression militaire extérieure— indiquent que le régime de Maduro se désintègre de l'intérieur.
Si la pression internationale persiste et que le haut commandement militaire réalise que le coût de soutenir le dictateur dépasse les avantages, la conclusion pourrait être rapide et, comme l'avertit Rodríguez, se terminerait non pas par une négociation, mais par une fuite.
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