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La fonctionnaire du ministère des Relations étrangères de Cuba (MINREX), Johana Tablada de la Torre, a de nouveau suscité la controverse sur les réseaux sociaux en publiant un long message dans lequel elle a directement accusé le secrétaire d'État américain, Marco Rubio, de “forcer à émigrer” des centaines de milliers de Cubains avec ses politiques.
Le texte, diffusé sur son compte Facebook, a accusé Washington de “torturer la population cubaine à des fins d’ingérence, de déstabilisation, de pillage, de changement de régime et de domination”.
Selon Tablada de la Torre, le cubano-américain à la tête du Département d'État est le « responsable des mesures les plus dures et inhumaines contre Cuba » et ses mesures ont provoqué des souffrances chez les Cubains « que le propre Rubio a contraints à émigrer de Cuba ».
Au-delà du ton enflammé du message, le post de la deuxième ambassadrice au Mexique a encore une fois exposé le régime cubain face à sa contradiction la plus flagrante : celle de blâmer les États-Unis à la fois pour entraver la migration légale et pour provoquer l'émigration massive.
Depuis des années, le MINREX lui-même dénonce Washington pour "non-respect des accords migratoires", en particulier l'engagement d'accorder 20 000 visas annuels aux citoyens cubains, comme le stipulent les accords bilatéraux de 1994-1995.
Le chancelier Bruno Rodríguez Parrilla et d'autres responsables du ministère ont répété que la fermeture du consulat à La Havane et le transfert des démarches vers des pays tiers — comme la Guyane — entravent l'émigration régulière.
Cependant, dans ses déclarations les plus récentes, Tablada de la Torre a soutenu exactement le contraire : que Rubio et le gouvernement de Trump “ont contraint les citoyens à émigrer de Cuba” par le biais de sanctions et de pressions. Autrement dit, que l'émigration a été induite, et non stoppée.
Cette même logique a été mise en lumière lorsque la diplomate elle-même, dans une interview accordée à Russia Today en 2023, a laissé échapper une phrase qui résonne aujourd'hui avec une ironie amère : “Les 200 000 que les États-Unis pensaient voir sortir pour renverser le gouvernement... ont émigré”.
La déclaration, loin d'un dérapage, était une admission involontaire de la manière dont le régime conçoit l'émigration : non pas comme une tragédie, mais comme un triomphe. Dans son récit, les mécontents qui sont sortis protester le 11 juillet 2021 (11J) n'étaient pas des citoyens frustrés par l'échec du système, mais des ennemis neutralisés qui ont quitté le champ de bataille.
La phrase révèle avec une certaine brutalité la véritable gestion politique que fait le régime de l'exode cubain : alléger la pression sociale, vider les rues et transformer la diaspora en source de devises sous le prétexte de la résistance.
Le problème est que les deux arguments ne peuvent coexister sans s'annuler mutuellement. Soit les États-Unis bloquent la sortie légale des Cubains, soit ils les poussent à quitter le pays avec leurs politiques coercitives. Décider laquelle des deux versions défend le régime dépend, comme c'est souvent le cas, du contexte propagandiste du moment.
Sur le plan historique, la stratégie n'est pas nouvelle. Depuis Camarioca en 1965 jusqu'au Mariel en 1980 et les balseros de 1994, le gouvernement cubain a utilisé l'émigration comme une soupape de sécurité et un outil de pression politique.
Lorsque le malaise interne menace de déborder, il ouvre les vannes ; quand il a besoin d'un argument devant la communauté internationale, il accuse les États-Unis de "favoriser la migration irrégulière".
Washington, pour sa part, a averti à plusieurs reprises au sujet de cette tactique. Des responsables du Département d'État et du Département de la Sécurité nationale ont décrit l'utilisation de la migration comme une forme de "coercition hybride", conçue pour déstabiliser la région et faire pression sur les négociations.
Le précédent le plus clair fut les accords de 1994, qui ont été établis précisément pour éviter que La Havane ne reproduise le chantage démographique du Mariel.
Le discours de Tablada de la Torre s'inscrit parfaitement dans cette logique : victimisation externe et négation interne. Attribuer l'exode à la « cruauté impériale », mais omettre que les Cubains fuient pour des raisons domestiques : inflation incontrôlée, coupures de courant, répression politique et absence totale de libertés.
Le peuple n'émigre pas en raison des tarifs sur le pétrole, mais parce que le pays est devenu invivable et ne croit plus aux arguments du « blocus » du régime, typiques de cinquante ans de propagande castriste grossière.
Il est également symptomatique que la diplomate parle de "millions de Cubains" qui émigrent en tant que victimes d'une agression extérieure, alors que ces mêmes millions résultent directement de la politique d'immobilisme et de censure du régime. Et qu'elle invoque la souffrance des familles cubaines alors que son gouvernement dépend des remises de ces émigrés pour survivre.
Dans sa publication, Tablada de la Torre a promis que Cuba "résistera et vaincra". Mais, loin d'un geste de dignité, ses mots ont révélé le désespoir d'un appareil qui ne peut plus soutenir son récit.
En accusant Rubio de la migration, la responsable a fini par confirmer ce qu'elle avait tenté de nier : que l'exode massif est la conséquence inévitable de l'échec du modèle cubain, et non des sanctions externes.
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