Israel Rojas jure qu'il ne va pas mourir pour "un vénérable ancien et sa famille" : La nouvelle trove du patriotisme sélectif



Israel Rojas, Miguel Díaz-Canel et un "vénérable ancien"Photo © Facebook / Israel Rojas Fiel - Cubadebate

Le troubadour Israel Rojas, leader du duo Buena Fe et voix habituelle du culturalisme officiel cubain, a publié un message sur Facebook qui, dans sa tentative de paraître épique et patriotique, s'est finalement transformé en un élan d'insubordination métaphorique.

Sur son texte, débordant de rhétorique antimperialiste, a réussi parmi “patriaomuertes” quelque chose que peu de personnes au sein de l'écosystème officiel osent faire : mentionner le “vénérable ancêtre” et sa famille pour, ensuite -à la surprise de tous-, clarifier qu'il ne mourrait pas pour eux.

Il y a à peine quelques semaines, Rojas avait montré une fidélité absolue à l'axe chaviste-castriste en défendant publiquement le régime de Nicolás Maduro avec un cri vibrant “Ils ne passeront pas !”.

Dans ce message, le chanteur-auteur s'est aligné sur le discours officiel de La Havane et de Caracas face aux actions de Washington. Cependant, sa récente déclaration marque un tournant surprenant : de l'applaudissement au chavisme, il est passé à remettre en question, sans les nommer, les propres leaders historiques du pouvoir à Cuba.

Je ne lutterai ni ne donnerai mon sang pour un président, ni pour un secrétaire général de quelque parti politique que ce soit. Je ne lutterai pas pour un vénérable ancien, ni pour son fils ou petit-fils, ni pour sa famille, a écrit Rojas, dans ce que beaucoup ont interprété comme une allusion directe à Raúl Castro et à sa descendance, de Mariela Castro Espín à Alejandro Castro (El Tuerto), en passant par le célèbre “Cangrejo”, le petit-fils-garde du corps. 

En d'autres termes, le troubadour qui a un jour mis en musique les slogans de la appelée "révolution" semble maintenant fatigué de chanter pour la famille propriétaire du microphone.  

El même qui a reçu la réplique du machete mambí du général Máximo Gómez des mains du ministre des Forces Armées Révolutionnaires (FAR), le général de Corps d'Armée et homme de confiance de Raúl, Álvaro López Miera; le même Rojas qui est lié à des actions répressives alors qu'il était membre du ministère de l'Intérieur (MININT), à Guantánamo, est prêt à verser son sang... mais pas pour les Castro ni leur dynastie, ni même pour leurs pages et hommes de paille.

Mais, fidèle au style de Buena Fe, la rupture arrive adoucie par un manteau d'épopée littéraire et des slogans recyclés : Martí, Fidel, la dignité pleine de l'homme, le Baraguá, les pauvres de la terre et même Yolanda et Ojalá s'entremêlent dans un monologue qui cherche à sonner comme quelque chose de transcendant, bien qu'il ne parvienne pas à dissimuler une odeur de désillusion.

« Lutterai pour une Cuba souveraine », insista Rojas, « pour mes enfants, mes neveux et pour les enfants de mes enfants ». Et il ajouta, avec grandiloquence : « Cuba porte dans son sang le feu sacré de ceux qui ont rêvé d'une nation debout ». Une phrase qui, dans un autre contexte, aurait trouvé sa place lors d'un acte du ministère de la Culture, mais qui aujourd'hui, après les menaces de Washington et les exercices de « défense nationale », résonne davantage comme une thérapie collective que comme un slogan.

Le musicien n'a pas renié le discours révolutionnaire, mais il s'est distancié de ses interprètes. Son "Patrie ou Mort" s'est avéré plus esthétique que politique, plus slogan que militantisme. Sans les nommer, il a laissé de côté les Castro et leurs héritiers, ceux pour qui tant de ses collègues jurent encore fidélité éternelle.

Le résultat est une pièce curieuse : une ode patriotique enveloppée dans un papier de rébellion contrôlée, qui tente de sauvegarder le mythe de la “révolution” en sacrifiant ses "saints".

O, dit avec ironie, la trove d'un fidèle qui ne veut plus chanter pour le grand-père ni pour le petit-fils, mais continue de croire au templete.

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