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La crise énergétique et économique que traverse Cuba a trouvé l'une de ses critiques les plus percutantes dans la voix de l'humoriste Ulises Toirac, qui a critiqué la "naditud" du gouvernement : une immobilité délibérée du pouvoir face à l'effondrement que vit le pays.
Dans une publication sur Facebook, Toirac a décrit une île pratiquement immobilisée par la pénurie de carburant et l'augmentation extrême du prix de l'essence.
"Je n'entends que très rarement passer une voiture dans la rue. De temps en temps seulement. Le litre de gasolina coûte environ trois mille pesos et les boteros, c'est leur travail, te font payer une fortune pour traverser d'un municipalité à l'autre. Et ce n'est pas peu dire", a-t-il écrit.
L'image que vous décrivez n'est pas une rhétorique. Cuba traverse une crise pétrolière qui a réduit au minimum la mobilité, affecté les transports publics et privés, paralysé des services et aggravé les coupures de courant.
Toirac n'attribue pas cette situation à des facteurs externes comme cause principale, mais à l'incapacité du système lui-même.
Bien qu'il reconnaisse que les sanctions américaines aggravent la situation, il remet en question le récit officiel qui présente chaque difficulté comme le résultat exclusif de Washington.
"Ce n'est pas une situation conjoncturelle ou sortie de nulle part parce que le gouvernement américain impose des restrictions plus strictes. Homme... bien sûr qu'il met un couvercle sur le pot, il étouffe ce qui était (...) un fil de fournitures que nous apportions à bas prix...", a-t-il expliqué, en précisant que le problème structurel existait déjà.
L'humoriste souligne que la racine du désastre réside dans la fragilité productive interne et dans le manque de mesures du gouvernement pour tenter de résoudre le chaos.
« La prise de décisions se limite à faire face à l'orage. À survivre au jour le jour. Aucun choix émergent pour le moyen ou le long terme. C'est comme regarder quelqu'un se vider de son sang sans agir pour l'arrêter », a-t-il remis en question.
Cette inaction, soutient-elle, n'est pas le fruit du hasard. C'est une posture politique. "Croyez-le ou non, c'est une décision. Ne rien faire est une posture. Si tu agis, il y a une décision de le faire. Si tu ne fais rien, ce n'est pas qu'il n'y a pas de décision, c'est que la décision est de ne rien faire."
Enfin, l'acteur a rappelé que le peso se dévalue de jour en jour, ce qui implique plus de misère et "plus de gens entrant dans la situation désespérée de ne pas pouvoir sauver la journée".
"Les problèmes ne se résolvent pas avec des slogans. La vie est en jeu et il y a le risque de ne pas pouvoir les dire jusqu'au bout", conclut-il.
Essence à des prix impossibles
Dans un second message, Toirac a précisé des détails sur le coût réel des carburants sur le marché informel. Il a clarifié qu'il ne possède pas de véhicule et qu'il citait des chiffres entendus, mais a confirmé que les prix sont même supérieurs à ceux qu'il avait mentionnés initialement.
"Dans une partie de mon post précédent, j'ai affirmé qu'un litre d'essence coûte 3 000 pesos. (…) C'est ce que j'ai entendu. Quelqu'un m'a même dit que cette barrière est de l'histoire ancienne, que c'est plus cher. Nous parlons de prix sur le marché noir, bien sûr", a précisé.
Il a ajouté qu'un réservoir de 40 litres coûte environ 300 dollars. "Un réservoir d'essence à 300 dollars, oui. Le carburant est dans la casela***."
L'explication qu'il donne reflète la distorsion totale de l'économie cubaine : "À Cuba, rien n'a de rapport avec rien. Tout coûte selon la difficulté ou la facilité à l'obtenir (...) Lorsque vous achetez, dans le prix, il y a 'la perdedera'."
Dans un marché caractérisé par une extrême pénurie, la valeur des produits se définit par leur absence, et non par une logique économique stable. Certains biens, si rares, sont ceux qui font augmenter le dollar sur le marché informel.
Un pays paralysé
La description de l'humoriste correspond à ce que vivent des millions de Cubains : des rues presque vides, des tas de déchets accumulés, un transport intermittant et un sentiment généralisé d'abandon.
"Il y a une lassitude d'absence. La rue est une solitude ornée de montagnes de déchets. Rien ne semble fonctionner ni le jour ni la nuit", écrivit-il.
Le manque de combustible impacte la production d'électricité, la distribution des aliments et la mobilité des travailleurs. Sans suffisamment de pétrole, l'économie déjà affaiblie entre dans une spirale encore plus profonde.
La production est presque inexistante, les coupures de courant se multiplient et l'inflation s'accélère. Dans ce contexte, la réponse officielle a été administrative et réactive, sans changements structurels susceptibles de renverser la dépendance extérieure et l'inefficacité interne.
Toirac résume le sentiment d'épuisement collectif : "Il me coûte un œuf et le jaune de l'autre de faire des blagues."
L'humour, qui a pendant des années servi de soupape de sécurité, se heurte maintenant à une réalité qui, selon lui, met en péril quelque chose de plus profond.
Son concept de "Naditude" devient ainsi une critique directe de la paralysie gouvernementale face à une crise qui n'est pas seulement énergétique, mais aussi structurelle.
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