
Vidéos associées :
Le gouvernement du Canada a confirmé ce lundi qu'il travaille sur un "plan d’assistance" pour Cuba, en pleine crise énergétique la plus sévère que l'île traverse depuis des décennies, tandis que Washington intensifie la pression pour couper l'approvisionnement en pétrole au pays caribéen.
Selon un rapport de l'agence Reuters, Ottawa prévoit de soutenir Cuba dans un contexte marqué par la pénurie de combustible, les coupures de courant prolongées et le manque de produits de première nécessité.
“Nous préparons un plan d'assistance. Pour le moment, nous ne sommes pas en mesure de fournir plus de détails sur une annonce”, a déclaré la ministre des Affaires étrangères du Canada, Anita Anand, sans préciser l'ampleur ni le type d'aide qui pourrait être envoyée.
La confirmation arrive après que le gouvernement canadien lui-même ait signalé la semaine dernière qu'il surveillait la situation sur l'île et qu'il s'inquiétait du risque croissant d'une crise humanitaire.
Pression de Washington
L'annonce canadienne intervient dans un contexte de tension croissante de la part des États-Unis. L'administration du président Donald Trump a pris des mesures pour bloquer l'accès de Cuba au pétrole, y compris celui provenant du Venezuela, son allié traditionnel.
Selon Reuters, Washington a intensifié ces dernières semaines une campagne de pression contre l'île. Trump a affirmé que "Cuba va échouer très bientôt" et a assuré que le Venezuela, autrefois le principal fournisseur énergétique de La Havane, n'a pas récemment envoyé de pétrole ni de ressources financières.
Le durcissement des restrictions américaines a laissé Cuba pratiquement sans carburant. Une analyse citée par CBC News indique que ce qui se passe équivaut, en pratique, à un blocus pétrolier quasi total, avec des navires poursuivis et surveillés pour empêcher le déchargement de pétrole brut dans les ports cubains.
La conséquence directe a été une flambée des prix des aliments et des transports, accompagnée d'une grave pénurie de carburant qui a entraîné des heures de coupures de courant quotidiennes dans une grande partie du pays.
L'ONU a averti que si les besoins énergétiques de Cuba ne sont pas satisfaits, une crise humanitaire pourrait se déclencher. Le bureau des droits de l'homme de l'organisme a également remis en question les récentes actions de Washington dans la région, qualifiant d'infraction au droit international l'opération militaire au cours de laquelle l'ancien président vénézuélien Nicolás Maduro a été capturé.
Une île à la limite
En pratique, la crise énergétique impacte déjà chaque aspect de la vie quotidienne à Cuba. Le gouvernement a suspendu la vente de diesel au public pour tenter de préserver le combustible destiné aux hôpitaux et aux services essentiels.
Les coupures de courant affectent le pompage de l'eau, paralysent les centres de travail et aggravent la pénurie alimentaire dans un pays fortement dépendant des importations.
L'économiste cubain Ricardo Torres a averti, cité par CBC, que l'île pourrait être à quelques semaines de se retrouver complètement sans pétrole. Cuba a besoin de 90 000 à 100 000 barils équivalents par jour pour maintenir son fonctionnement de base, un chiffre impossible à couvrir uniquement avec une aide humanitaire ponctuelle.
Pendant ce temps, l'impact s'étend également aux entreprises étrangères. La mines canadienne Sherritt, principal partenaire étranger dans l'exploitation du nickel et du cobalt à Moa, a annoncé la suspension temporaire de ses opérations en raison d'un manque de carburant.
Le tourisme, l'un des principaux piliers de l'économie cubaine et où le Canada représente historiquement le plus grand marché émetteur, commence également à ressentir les effets. Plus de 27 900 voyageurs sont revenus de Cuba par des compagnies aériennes canadiennes avant que plusieurs ne suspendent leurs vols en raison du manque de carburant sur l'île.
Ottawa sous pression
Au Canada, la pression politique monte pour que le gouvernement agisse plus rapidement. Des dirigeants du Nouveau Parti démocratique et du Bloc Québécois ont exhorté le premier ministre Mark Carney à envoyer une aide immédiate et à adopter une position plus ferme face à Washington.
La ministre Anita Anand a reconnu être "profondément préoccupée" par la détérioration de la situation, bien qu'elle ait évité de confirmer si le plan éventuel inclura des combustibles ou un autre type d'assistance directe.
La position d'Ottawa est délicate. Bien que les aliments et les médicaments ne soient pas soumis aux sanctions américaines — et que les États-Unis aient récemment annoncé un envoi de six millions de dollars en produits humanitaires —, le pétrole est une autre affaire. Un décret signé par Trump menace d'imposer des droits de douane à tout pays qui vend ou fournit du pétrole brut à Cuba.
De plus, les relations entre Washington et Ottawa traversent des tensions en raison de questions commerciales, de tarifs douaniers et de différences géopolitiques, y compris la position canadienne sur la coopération avec Pékin et les déclarations du Premier ministre Carney selon lesquelles les « puissances intermédiaires » devraient agir ensemble pour éviter de se retrouver subordonnées à l'hégémonie américaine.
Incertitude sur l'étendue de l'aide
Pour l'instant, le gouvernement canadien n'a pas précisé ce que comprendra le « plan d'assistance ». Il n'est pas non plus clair si Ottawa sera prêt à assumer le risque de sanctions secondaires s'il décide de s'engager dans l'approvisionnement énergétique.
Ce qui est évident, c'est que la crise à Cuba a atteint un point où des organismes internationaux avertissent d'un possible scénario humanitaire grave si l'accès à une énergie de base n'est pas garanti.
Au milieu de coupures de courant prolongées, de pénurie de carburant et de la chute du tourisme, l'annonce du Canada ouvre un nouveau front diplomatique dans la région et place Ottawa face à une décision complexe : équilibrer sa relation avec les États-Unis tout en répondant à une urgence qui, selon l'ONU elle-même, pourrait se dégrader rapidement.
Archivé dans :