Des exilés soutiennent la transition vers la démocratie à Cuba, mais posent des limites à un protectorat des États-Unis sur l'île

José Daniel Ferrer et Lilo Vilaplana interviewés par DW en EspañolPhoto © Captura de video X / @dw_espanol

Les déclarations du président Donald Trump sur la possibilité de "prendre Cuba" ont ravivé le débat au sein de l'exil cubain, qui accueille avec espoir mais aussi avec prudence une rhétorique qu'il n'avait pas entendue avec autant d'intensité depuis des décennies.

Ainsi l'a rapporté DW Español dans sa couverture sur l'impact de ces déclarations au sein de la communauté cubano-américaine.

Lundi dernier, Trump a déclaré depuis le Bureau ovale : "Je pense que j'aurai l'honneur de prendre Cuba. Ce serait bien. C'est un grand honneur. Que je la libère ou que je la prenne, je pense que je peux faire tout ce que je veux avec elle."

Asimismo, il a décrit l'île comme "une nation très affaiblie... Ils n'ont pas d'argent, ils n'ont rien. Ils ont une belle terre", et il a ajouté que "quelque chose va bientôt se passer" dans les conversations que Washington entretient avec La Havane.

Dans Little Havana à Miami, ces mots suscitent des sentiments partagés. Selon DW, après 67 ans de dictature, la communauté cubano-américaine aspire à un changement, mais redoute de répéter le précédent vénézuélien, où la chute de Nicolás Maduro — capturé par les États-Unis en janvier — a laissé pratiquement intact le cercle de pouvoir du régime.

José Daniel Ferrer, leader de UNPACU et ancien prisonnier politique du régime cubain, a résumé le dilemme en trois scénarios :

"La continuité de la situation actuelle, c'est le pire. Par conséquent, aucun Cubain raisonnable ne le souhaite. Deuxièmement, un processus à la manière du Venezuela. Cela ne nous plairait pas, nous ne le voulons pas, mais ce serait préférable à la première option. Et troisièmement, l'option que nous voulons tous et désirons : transition rapide vers la démocratie."

Ferrer a été catégorique sur les limites de ce que l'exil accepte : "Nous ne voulons pas non plus que Cuba devienne un protectorat ou une nation dépendante des États-Unis. Nous voulons une Cuba libre, démocratique, avec justice, une Cuba indépendante et souveraine, alliée des États-Unis, mais aussi de tout l'Occident."

Ces trois positions sur le changement politique reflètent la diversité des opinions au sein de la diaspora.

Le réalisateur Lilo Vilaplana, exilé depuis presque 29 ans, a fait appel à la justice et à la mémoire historique comme conditions indispensables : "Si les blessures ne sont pas cicatrisées, rien ne sera guéri à Cuba. Il est nécessaire de guérir ces blessures pour qu'une nouvelle république naisse, pour que la nation soit sauvée, pour que la nation se guérisse."

Depuis La Havane, Miguel Díaz-Canel a répondu mercredi sur X avec un ton défiant : "Les États-Unis menacent publiquement Cuba, presque quotidiennement, de renverser par la force l'ordre constitutionnel. Ils prétendent et annoncent des plans pour s'approprier le pays", et a promis que "tout agresseur extérieur se heurtera à une résistance inexpugnable", sous le hashtag #CubaEstáFirme.

La crise qui entoure ces déclarations est réelle et profonde. Après la capture de Maduro, Cuba a perdu l'approvisionnement en pétrole vénézuélien, et la production locale ne couvre à peine que 40 % de la demande énergétique, avec des coupures de courant affectant entre 10 et 11 millions de personnes.

Selon Bloomberg, la stratégie de Washington pour Cuba ne prévoit pas d'invasion militaire — rejetée par 53 % des Américains — mais plutôt une pression économique progressive pour rendre Cuba financièrement dépendant, avec une sortie négociée possible pour Díaz-Canel.

Trump a également mentionné le secrétaire d'État Marco Rubio comme une pièce clé du processus, en assurant lors du Sommet Bouclier des Amériques que Rubio "prendra une heure de libre et conclura un accord avec Cuba".

Le sentiment prédominant dans l'exil, toutefois, est clairement résumé par une phrase qui circule à La Petite Havane : après 67 ans d'attente, personne ici ne veut échanger une dictature contre un protectorat.

Archivé dans :

Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.