Un grand-père cubain qui a travaillé pendant 40 ans et a attendu huit mois pour sa première pension a reçu 3.727 pesos cubains (CUP), moins de huit dollars au taux de change informel, et avec cet argent, il n'a pu acheter que des pommes de terre, du sucre, du riz et du charbon.
Le cas est devenu connu grâce à une vidéo publiée sur TikTok où le retraité montre son maigre achat et résume la situation par une phrase qui condense l'indignation de millions : "C'est ce qu'on m'a payé".
Le montant reçu par cet homme est même inférieur à la pension minimum officielle en vigueur de 4.000 CUP, équivalente à environ neuf dollars, établie après l'augmentation partielle approuvée par le régime cubain en juillet 2025 et qui est entrée en vigueur en septembre de cette année-là.
Cette ajustement a bénéficié à 79 % des 1,67 million de retraités cubains, mais n'a pas réussi à freiner la brutale érosion inflationniste qui ronge le pouvoir d'achat des retraités.
Les prix sur le marché informel illustrent l'ampleur du problème : le riz se situe entre 300 et 800 CUP par livre, le sucre entre 240 et 300 CUP par livre, les pommes de terre à 450 CUP par livre, les œufs à 100 CUP l'unité et l'oignon jusqu'à 900 CUP par kilogramme. Avec 3.727 CUP, l'achat montré dans la vidéo consomme pratiquement toute la pension mensuelle sur quelques produits de base.
L'Observatoire cubain des droits humains estime qu'il faut au moins 30 000 CUP par mois juste pour une alimentation de base, sept fois plus que la pension minimale officielle.
Une cubane a récemment montré en vidéo qu'elle dépense 25 000 CUP uniquement en nourriture pour une semaine, et les calculs disponibles indiquent qu'un couple a besoin d'environ 40 000 CUP par mois juste pour se nourrir.
La Asociación Syndicale Indépendante de Cuba indique que 99 % des retraités affirment que leur pension ne couvre pas les besoins de base, et que 90,7 % travaillent de manière informelle après leur retraite pour pouvoir survivre. L'Observatoire Cubain des Droits Humains ajoute que 79 % des personnes âgées de 70 ans et plus ne prennent pas trois repas par jour.
Cuba compte 1.774.310 retraités enregistrés selon l'Office national des statistiques et de l'information, et le calvaire ne s'arrête pas au montant qu'ils reçoivent. Les aînés doivent faire de longues files d'attente dès l'aube dans les banques, au milieu de coupures de courant et d'une pénurie de liquidités, avec seulement quelques jours par mois disponibles pour encaisser.
Les scènes de bousculades et de chaos dans les agences bancaires de La Havane se sont répétées ces dernières semaines, et certains retraités en sont venus à décrire comme un miracle le simple fait de pouvoir encaisser leur pension. En 2026, on a même signalé la mort d'un retraité à Cárdenas, victime d'une agression alors qu'il attendait dans la file d'attente de la banque pour encaisser.
Le régime reconnaît l'insuffisance du système, mais invoque des limitations budgétaires, tandis que le ministre Vladimir Regueiro Ale assure que 66% du budget de 2026 est destiné aux dépenses sociales, incluant plus de 20 000 millions de pesos pour l'augmentation partielle des pensions.
Avant l'ajustement de septembre 2025, la pension minimale n'était que de 1.528 CUP, équivalent à environ quatre dollars, somme perçue par 40 % des retraités selon la propre Oficina Nacional de Estadísticas e Información.
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