Un vidéo de la créatrice cubaine Leidyta FreeSoul est devenu viral sur Facebook en montrant, avec humour et ironie, le déjeuner que sa mère lui a préparé : un plat de « riz avec viande » où la viande brille par son absence.
Le clip de 38 secondes accumule plus de 351 000 vues, 24 269 likes et 1 737 commentaires, et connecte immédiatement des millions de Cubains vivant la même réalité au quotidien.
«Riz avec de la viande, maman», répète la jeune femme en montrant l'assiette, cherchant en vain l'ingrédient promis.
«On dirait qu'ils sont en isolement l'un de l'autre, on dirait que nous avons une ordonnance de protection», dit-il à propos du riz et de la viande (absente), avant de conclure par une phrase qui circule déjà comme un mème : «C'est déjà le moment de mentir ? celle de l'édition cubaine.»
L'expression «édition cubaine» résume avec précision ce que des millions de familles sur l'île vivent chaque jour : des versions dégradées de plats qui, dans n'importe quel autre pays, incluraient leurs ingrédients de base.
La scène n'est pas anecdotique. Manger de la viande à Cuba est devenu un luxe que la plupart des familles ne peut se permettre : le picadillo —l'option la moins chère— coûte 300 pesos cubains (CUP) par livre, le poulet atteint 500 CUP par livre et le porc peut aller jusqu'à 1 500 CUP par livre, dans un pays où le salaire minimum d'État tourne autour de 4 000-5 000 CUP par mois.
La production porcine cubaine a chuté de 200 000 tonnes par an en 2018 à seulement 9 000 tonnes en 2026, selon des données récentes, ce qui a fait exploser les prix et vidé les tables de protéines animales.
Le vidéo de Leidyta FreeSoul s'inscrit dans une vague de contenu viral qui documente la crise alimentaire avec humour et dénonciation. Une Cubaine a montré le pain dur qu'on lui donne à la bodega dans un clip qui a dépassé les 325 900 vues, tandis qu'une autre jeune femme a dénoncé plus de trois semaines sans pain réglementé dans sa communauté.
L'influenceur Lino García, connu sous le nom de « El Creador Cubano », a publié une vidéo en pleurant de faim qui a dépassé les 622 000 vues sur Facebook, où les commentaires ne laissaient aucun doute : « Le peuple souffre de la faim, le gouvernement a tout retiré ».
Même l'humour le plus absurde reflète la gravité de la situation : un cochon traînant un homme en fauteuil roulant comme « transport alternatif » a dépassé le million de vues, avec des commentaires soulignant que « voir des cochons est un symbole de pouvoir ».
Les enquêtes de 2026 révèlent que 70 % des Cubains sautent des repas quotidiens et que 80 % d'entre eux estiment que la situation actuelle est pire que celle de la Période spéciale des années 90, lorsque la chute de l'URSS a plongé l'île dans une crise dévastatrice.
L'humour, comme toujours à Cuba, est la façon de dire ce qu'il est impossible de garder silencieux : que dans l'« édition cubaine » du déjeuner, la viande n'est plus apparue depuis longtemps.
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