Le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodríguez Parrilla a accordé ce mardi une interview exclusive à Fox News, dans l'émission The Story avec la présentatrice Martha MacCallum, dans laquelle il a accusé l'administration Trump d'utiliser l'accusation pénale contre Raúl Castro comme partie d'une « narrative politique pour justifier une agression militaire contre Cuba ».
Dans l'un des extraits diffusés sur le réseau social X, MacCallum a demandé à Rodríguez si Cuba était prête à se défendre militairement face à un éventuel changement de régime soutenu par Washington. Le ministre des Affaires étrangères a répondu par une question rhétorique : « Nous devrons demander au gouvernement des États-Unis pourquoi cela a pris 30 ans. Nous devrons interroger la valeur éthique, la valeur légale de ces accusations en ce moment, ou si cela fait partie de la narration politique visant à manipuler l'opinion publique américaine pour justifier une agression militaire contre Cuba ».
L'accusation fédérale contre Raúl Castro et cinq militaires cubains —déclassifiée le 20 mai— est liée à la destruction de deux avions de Hermanos al Rescate le 24 février 1996, qui a tué quatre personnes, dont trois étaient des citoyens américains.
Rodríguez a également rejeté les déclarations du secrétaire d'État Marco Rubio, qui a affirmé devant Fox News que Cuba représente « une menace directe pour la sécurité nationale des États-Unis » et a mentionné un arsenal de drones militaires fournis par la Russie et la Chine. Le ministre des Affaires étrangères a répondu avec ironie : « Imaginez : Cuba est une petite île de 100 000 kilomètres carrés et de 10 millions d'habitants. Avec quelle logique, avec quel bon sens peut-on soutenir que Cuba pourrait menacer une superpuissance nucléaire ? ».
Concernant Rubio, Rodríguez a été direct : « Nous devrons demander au secrétaire d'État s'il a des preuves. Je l'ai entendu mentir maintes fois à ce sujet. »
Le chancelier a également répondu aux déclarations de Trump, qui a qualifié Cuba de « nation en faillite ». Rodríguez a souligné la contradiction : « Si l'État cubain était inefficace et si l'économie cubaine n'était pas viable, à quoi servirait un décret présidentiel des États-Unis, émis le 29 janvier, déclarant un blocage énergétique total contre Cuba ? Quelle en serait la nécessité ? ».
Rodríguez Parrilla se trouve à New York pour participer à une session du Conseil de sécurité de l'Organisation des Nations Unies (ONU) axée sur la paix et la sécurité internationales. L'entretien a lieu dans le cadre de la plus grande escalade des tensions entre Washington et La Havane depuis des décennies. Trump a signé l'Ordre Exécutif 14380 le 29 janvier, qui a imposé des sanctions secondaires aux pays fournissant du pétrole à Cuba.
Le 1er mai, il a signé un deuxième ordre exécutif qui a élargi les sanctions aux secteurs de l'énergie, de la défense, de l'exploitation minière et des finances. Selon des reportages, ces mesures auraient réduit les importations énergétiques de l'île de 80 % à 90 %, aggravant les coupures de courant pouvant atteindre 25 heures par jour.
Parallèlement, Trump a menacé de déployer le porte-avions USS Abraham Lincoln au large des côtes cubaines et a même affirmé que les États-Unis « prendraient Cuba presque immédiatement » après le conflit avec l'Iran.
Rodríguez répond depuis plusieurs semaines à cette escalade. Le 8 mai, il a averti devant ABC News de « conséquences inimaginables » en cas d'attaque ; le 13 mai, il a insisté sur le fait qu'il y aurait « un bain de sang » ; et le 21 mai, il a accusé Rubio d'inciter à une agression qui provoquerait des victimes cubaines et américaines. L'interview sur Fox News —une chaîne historiquement alignée sur la ligne dure contre Cuba— est inhabituelle et représente une tentative du régime de faire passer son message directement auprès du public conservateur américain.
Rodríguez a clôturé son intervention par un avertissement : « Aucune différence politique entre deux États, aucune considération concernant le système politique ou le gouvernement d'un autre pays ne peut justifier le déclenchement d'une guerre, d'un bain de sang ou d'une catastrophe humanitaire ».
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