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La réaction du régime cubain à la mise en accusation formelle présentée aux États-Unis contre Raúl Castro pour la destruction des aéronefs des Hermanos al Rescate révèle quelque chose de plus intéressant que la propre défense de l'ex-dictateur.
Lo véritablement novateur est le langage choisi pour articuler cette défense.
Pendant des décennies, la narration officielle des événements du 24 février 1996 s'est appuyée sur des arguments politiques prévisibles : la défense de la souveraineté nationale, les provocations de l'exil cubain, les activités de José Basulto et l'hostilité de Washington envers La Havane.
Cependant, les deux programmes récents de La Bitácora Nocturna, diffusés par le programme Razones de Cuba —animé par le présentateur Humberto López et dirigé par la Contre-Intelligence du régime—, montrent un changement de ton frappant.
Il ne s'agit plus uniquement de slogans politiques.
Maintenant, on voit apparaître des termes tels que "recherche criminelle", "méthodologie scientifique", "cinématique", "analyse des coordonnées", "audit d'expertise", "données radar", "images satellites", "preuves", "juridiction", "chaîne de custody" et "dossiers classés".
Plus qu'une simple pièce de propagande traditionnelle, le programme semble une tentative de présenter une défense technique et juridique de Raúl Castro.
Une défense qui s'exprime comme un expert
La nouveauté est évidente dès les premières minutes.
Le présentateur de l'émission présente l'invité principal comme un "chercheur indépendant" (un certain Santiago Montez) qui aurait élaboré "le premier rapport d'autopsie rigoureux sur cette affaire", appliquant la méthodologie de l'annexe 13 de l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI), la norme utilisée à l'échelle internationale pour enquêter sur les accidents et incidents aériens.
A partir de là, toute la mise en scène abandonne le langage habituel de la propagande politique.
On ne parle ni d'héroïsme révolutionnaire ni d'agressions impérialistes. On parle de calculs, de marges d'erreur, de vitesse des aéronefs, de courants marins, d'optique, de documentation procédurale et de procédures d'enquête.
"Rien de politique : données, calculs et sources primaires vérifiables", affirme le programme au début.
La phrase est particulièrement frappante lorsqu'il s'agit d'un espace conçu précisément pour défendre les positions politiques du régime.
La science comme nouvelle autorité
Un autre aspect significatif est le déplacement de la source d'autorité.
Traditionnellement, la narration officielle cubaine fondait sa légitimité sur l'histoire de la soi-disant "révolution", la souveraineté nationale ou l'autorité politique de ses dirigeants.
En cette occasion, l'autorité se présente comme scientifique. "La physique n'admet pas d'autre interprétation", affirme le prétendu chercheur en défendant sa reconstruction des faits.
Ce n'est pas un détail négligeable.
L'intention semble être de déplacer la discussion du terrain idéologique vers le terrain technique, où les conclusions apparaissent revêtues d'une apparence d'objectivité difficile à remettre en question pour le grand public.
Le problème d'invoquer l'OACI pour remettre en question l'OACI
Peut-être que la contradiction la plus intéressante du programme se manifeste dans sa relation avec l'Organisation de l'aviation civile internationale.
Tout au long de l'émission, il est souligné que l'analyse utilise la méthodologie de l'OACI car elle constitue la norme internationale la plus prestigieuse en matière de recherche aéronautique.
Cependant, cette même méthodologie est utilisée pour remettre en question l'une des principales conclusions atteintes par l'OACI elle-même en 1996.
L'organisme international a conclu alors que les abattages ont eu lieu dans l'espace aérien international et non dans les douze milles nautiques de souveraineté cubaine.
Razones de Cuba soutient maintenant que les données physiques soutiennent précisément le contraire.
En d'autres termes, le programme invoque l'autorité technique de l'OACI pour discréditer l'une des conclusions les plus importantes atteintes par l'OACI.
Le chercheur qui soutient toute la thèse
Un autre élément frappant est la centralité de la figure du prétendu chercheur indépendant. Une grande partie de la crédibilité prétendue du programme repose sur cette figure.
Cependant, l'espace ne fournit pas d'informations détaillées sur son parcours professionnel, ses publications académiques, son expérience reconnue en recherche aéronautique ou ses liens institutionnels.
La question n'est pas négligeable.
Si l'objectif est de présenter une revue technique d'une recherche internationale menée il y a trois décennies, l'identité, l'expérience et les compétences de la personne qui réalise cette revue deviennent pertinentes pour évaluer le poids de ses conclusions.
Le risque de s'engager sur le terrain des tests
La stratégie choisie par Razones de Cuba a également une conséquence inévitable.
Lorsque l'on exige la déclassification des radars américains, des images satellites nord-américaines et des documents du Pentagone, une question délicate se pose : que deviennent les fichiers cubains ?
Le programme réclame de la transparence à Washington, mais ne formule aucune demande similaire concernant les documents conservés par l'État cubain lui-même.
Si la recherche de la vérité exige d'accéder à toutes les informations disponibles, il serait également raisonnable de connaître :
- Les enregistrements complets des radars des stations cubaines.
- Les communications entre les pilotes des MiG et les centres de commandement.
- Les ordres opérationnels émis ce jour-là.
- La documentation interne des Forces Armées Révolutionnaires liée à l'opération.
- Les enregistrements de la chaîne de commandement qui ont conduit à l'abattage.
La transparence, pour être crédible, devrait fonctionner dans les deux sens.
L'exemple soviétique et les limites de la souveraineté
La deuxième partie de la publication cherche à renforcer son argumentation en évoquant l'abattage du vol KAL 007 de Korean Air Lines par l'Union soviétique en 1983.
Selon Razones de Cuba, Ronald Reagan a condamné cet acte, mais n'a jamais essayé de poursuivre les dirigeants soviétiques.
À partir de là, le programme suggère que l'accusation contre Raúl Castro manquerait de légitimité juridique. Cependant, l'argument omet une partie importante de l'évolution ultérieure du droit international.
Des cas comme le vol Iran Air 655, abattu par des forces américaines en 1988, ou le vol MH17 de Malaysia Airlines, détruit au-dessus de l'Ukraine en 2014, montrent une tendance croissante à enquêter sur des responsabilités concrètes lorsque une action étatique provoque la mort de civils.
La discussion moderne ne se limite plus à déterminer s'il y a eu violation de l'espace aérien. Les questions sont différentes : qui a pris la décision, quelles informations étaient disponibles, quelles alternatives existaient et si la réponse était proportionnée.
La simple invocation de la souveraineté nationale ne clôt plus automatiquement le débat.
Une réponse pensée pour l'histoire
Au-delà de la polémique juridique, Razones de Cuba semble poursuivre un objectif plus large.
Raúl Castro fait aujourd'hui face à la première accusation pénale de grande portée internationale portée directement contre lui pour les faits de 1996.
La Havane sait que le processus aura probablement une dimension historique beaucoup plus importante que ses conséquences pratiques immédiates.
C'est pourquoi la nouvelle stratégie semble viser à établir une idée précise : que l'accusation repose sur des preuves incomplètes, des documents cachés et des conclusions discutables.
Il ne s'agit pas tant de démontrer de manière concluante l'innocence de Raúl Castro que de semer le doute sur la solidité de l'accusation.
C'est une défense plus sophistiquée que celles traditionnellement utilisées par la propagande officielle. C'est aussi plus risqué.
Parce qu'une fois que l'on abandonne le terrain des slogans pour entrer dans celui des preuves, les questions ne circulent plus dans une seule direction. De plus, s'ils sont si convaincus de leurs preuves, de leurs arguments et de leur innocence, la logique indique qu'il serait préférable de les présenter devant un juge.
Razones de Cuba exige d'ouvrir les archives de Washington mais finit inévitablement par susciter la question de quelles informations restent gardées dans les archives de La Havane et, surtout, à démontrer sur le banc des accusés l'innocence de l'ex-dictateur.
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