Des vendeurs de rue à La Havane font face à une opération policière lors d'un exercice national contre la criminalité

L'opération policière à La Havane contre les vendeurs ambulants lors d'un exercice national de prévention a généré des tensions et des critiques. Des saisies et des arrestations ont été dénoncées, dans un contexte de contrôle étatique sur l'économie informelle.

Opérations à La HavaneFoto © Yanet Hernández sur X

Un déploiement policier effectué ce mardi aux alentours de l'Agromercado de Tulipán, dans la municipalité de Plaza de la Révolution, a abouti à des saisies et à des arrestations de vendeurs de rue et de porteurs de chariots.

L'opération se déroule dans le cadre du IV Exercice National de Prévention et de Lutte contre le Crime. La gouverneure de La Havane, Yanet Hernández, a assuré que l'action s'adresse à ceux qui violent les réglementations établies concernant la commercialisation des aliments et des produits sur la voie publique.

Des témoins ont rapporté que les agents sont arrivés avec des camions, ont exigé des vendeurs qu'ils chargent leurs marchandises saisies, et des scènes de tension se sont produites.

Sur les réseaux sociaux, des vidéos et des témoignages ont circulé, remettant en question la manière dont l'opération s'est déroulée.

L'utilisateur Yuriel Fernández a rapporté sur Facebook que la police a “récupéré des personnes qui luttent pour leur quotidien en vendant des denrées et des cigares que le gouvernement n'a pas à vendre”.

Il a également dénoncé qu'il y avait eu des « coups et des arrestations arbitraires », qualifiant de « répugnant » que l'on persécute les petits commerçants pendant que des crimes graves tels que le narcotrafic, la violence de genre et d'autres abus persistent.

Contexte de contrôle accru

Ce lundi, Miguel Díaz-Canel, au début du IVe Exercice National de Prévention et de Lutte contre le Crime, a lancé un appel à la discipline sociale et au respect de l'ordre intérieur. Son message a été interprété comme un signe qu'un augmentation de la répression était à venir dans le pays.

"Il s'agit d'une opportunité pour que, dans ce contexte, nous garantissions la tranquillité des citoyens, le respect de l'ordre intérieur, la stabilité dans le pays, la discipline sociale et la participation aux tâches", a déclaré le gouvernant dans un contexte social marqué par des manifestations citoyennes contre les coupures de courant, la pénurie d'eau et les carences à Cuba.

Ce dispositif s'ajoute à une offensive lancée en août par le gouvernement de La Havane contre les entreprises privées qui enfreignent les règles fiscales, en particulier celles qui évadent le Compte Bancaire Fiscal (CBF) ou qui refusent d'accepter les paiements par virement électronique.

La Oficina Nationale de l'Administration Fiscale (ONAT) a alors indiqué que ces pratiques constituent une évasion fiscale et peuvent entraîner des sanctions telles que des amendes, des fermetures temporaires et même des conséquences pénales.

La campagne officielle soutient que l'utilisation obligatoire de la CBF et des paiements électroniques garantit "transparence comptable et traçabilité de l'argent", des piliers considérés comme essentiels pour soutenir l'économie nationale.

Cependant, les critiques soulignent que la mesure vise à renforcer le contrôle de l'État sur l'activité privée, dans un contexte d'inflation, de pénurie et de forte dépendance au marché informel.

Une économie entre la légalité et la survie

Alors que le gouvernement insiste sur la nécessité de "réorganiser le paysage économique", la tension entre les besoins de la population et les restrictions imposées au secteur non étatique ne cesse de croître. Pour de nombreux habitants de La Havane, la vente ambulante de nourriture constitue l'une des rares alternatives pour accéder à des produits de première nécessité.

L'opération Tulipán met une fois de plus en évidence l'écart entre la narration officielle de la lutte contre la criminalité et la perception des citoyens selon laquelle ces actions frappent ceux qui survivent au milieu de la crise, sans s'attaquer aux problèmes structurels qui affectent la société cubaine.

Questions fréquentes sur les opérations policières et la situation économique à La Havane

Pourquoi une opération policière a-t-elle été menée au marché agro-alimentaire de Tulipán ?

L'opération policière au Marché Agricole de Tulipán a été réalisée dans le cadre du IV Exercice National de Prévention et de Lutte contre le Crime, axé sur les vendeurs de rue qui enfreignent les réglementations concernant la commercialisation de nourriture et de produits dans l'espace public. Cette action s'inscrit dans une série de mesures du gouvernement cubain visant à contrôler le marché informel et à renforcer la légalité dans l'économie. Cependant, ces actions ont été critiquées pour leur impact sur les petits commerçants qui tentent de survivre en pleine pénurie économique.

Quel est l'objectif des opérations contre les entreprises privées à Cuba ?

L'objectif des opérations contre les entreprises privées à Cuba est de garantir le respect des normes fiscales, en particulier l'utilisation du Compte Bancaire Fiscal (CBF) et l'acceptation des paiements électroniques. Selon le gouvernement, ces mesures visent à assurer la transparence comptable et la traçabilité de l'argent. Néanmoins, les critiques soutiennent que ces actions représentent une tentative d'accroître le contrôle de l'État sur l'activité privée dans un contexte d'inflation et de pénurie, affectant de nombreux individus qui dépendent du marché informel pour subsister.

Comment le contrôle étatique sur le marché informel affecte-t-il la population cubaine ?

Le contrôle étatique sur le marché informel affecte la population cubaine en limitant l'accès aux produits de première nécessité, qui ne sont souvent disponibles que par le biais de vendeurs ambulants et de petits commerçants. La répression de ces activités aggrave la pénurie et met en péril la subsistance de ceux qui dépendent de ces ventes pour leur quotidien. Cette approche répressive ne répond pas aux causes structurelles de la crise économique que connaît le pays, telles que l'inefficacité du système de distribution étatique et le manque de réponses efficaces de la part du gouvernement.

Quelles critiques ont émergé concernant les opérations policières et le contrôle économique à Cuba ?

Les critiques à l'égard des opérations policières et du contrôle économique à Cuba se concentrent sur leur approche répressive envers le secteur privé et les travailleurs informels. De nombreux citoyens considèrent ces mesures comme une diversion face aux problèmes économiques plus profonds, tels que l'inflation et la pénurie, et comme un moyen de renforcer le contrôle étatique plutôt que d'offrir des solutions structurelles. De plus, il est souligné que tandis que les petits commerçants sont poursuivis, d'autres crimes graves tels que le trafic de drogue et la corruption ne sont pas efficacement traités.

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