Une Cubaine résidente aux États-Unis a annoncé hier sur Instagram qu'elle rentrait à Cuba, fatiguée de payer des factures, de se lever tôt et de travailler sans relâche. La vidéo, publiée par le compte @beautybyjuani, a accumulé plus de 53 000 vues, 1 203 likes et 432 commentaires en quelques heures.
Dans le clip, la femme ne laisse aucun doute sur ses motivations : "Oui, je pars pour Cuba. Je ne supporte plus la pression dans ce pays. Je ne supporte plus de payer des factures, de me lever tôt, de travailler autant, tout le temps", déclare-t-elle devant la caméra.
La utilisatrice, dédiée à la micropigmentation des lèvres, de l'eyeliner et du microblading, décrit avec nostalgie ce qui l'attend sur l'île : "Maintenant, je veux dormir le matin, je veux me reposer, je veux discuter à chaque coin de rue avec tous mes amis. Enfin, je vais à Cuba."
Mais c'est sa phrase de départ qui a enflammé les réseaux. "Je remercie ce pays pour tout ce que j'ai appris, pour tout ce que j'ai vécu et je garde un petit morceau dans mon cœur. Merci, États-Unis d'Amérique. Au revoir, au revoir et au revoir. Tu es un grand pays, mais pas pour moi, car je vais maintenant me consacrer à vivre de mes histoires", a-t-il affirmé.
L'expression "vivre du conte" a une charge culturelle très spécifique parmi les Cubains : elle signifie survivre sans travailler, par le biais de prétextes ou de tromperies. Mais c'est aussi le nom du programme humoristique le plus populaire de la télévision cubaine, diffusé depuis 2009 et mettant en scène le personnage de Pánfilo, interprété par Luis Silva, qui satirise précisément ceux qui survivent sans travailler au milieu de la crise socialiste. Utiliser cette phrase comme argument pour le retour a ajouté une couche d'ironie que les utilisateurs cubains n'ont pas manqué de relever.
Les moqueries, les mèmes et les commentaires sceptiques n'ont pas tardé à arriver. La communauté cubaine sur les réseaux sociaux a rappelé que l'île traverse une sévère crise économique avec des coupures de courant fréquentes, une pénurie de nourriture et de médicaments, ainsi qu'un dégradement généralisé des services de base, des conditions qui rendent difficile d'imaginer le séjour idyllique décrit par l'utilisateur.
Le vidéo de @beautybyjuani s'inscrit dans une tendance récurrente sur TikTok et Instagram : des Cubains émigrés qui documentent leurs retours sur l'île. Cependant, la majorité de ces contenus montrent des retrouvailles émouvantes avec des membres de la famille, comme le retour déchirant d'une Cubaine qui a ému les réseaux sociaux. Le cas de cette utilisatrice se distingue par son ton désinvolte et son rejet explicite du rythme de vie aux États-Unis comme seule motivation pour revenir.
Le contexte migratoire ajoute une autre dimension au débat. Plus de 500 000 Cubains vivent dans une situation migratoire incertaine aux États-Unis après l'élimination du programme d'asile humanitaire et du programme CBP One, et en 2025, au moins 3 757 Cubains ont été expulsés. Les retours volontaires par "ras-le-bol" restent un phénomène minoritaire, mais de plus en plus visible et commenté dans la diaspora.
La propre autrice de la vidéo a ouvert la porte à une chronique de son retour : "Je vous ferai savoir quand je commencerai à vous envoyer des photos de cubita", a-t-elle promis avant de dire au revoir. D'autres Cubains qui ont raconté leur expérience réelle à Cuba en 2026 ont offert une perspective très différente de celle imaginée par l'utilisateur.
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