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Le régime cubain a annoncé ce jeudi qu'il permettra aux particuliers d'importer des marchandises à des fins commerciales, une mesure qui met fin à des décennies de restrictions et ouvre une nouvelle étape pour des milliers de Cubains qui, jusqu'à présent, ne pouvaient réaliser des importations destinées qu'à un usage personnel ou familial.
L'initiative fait partie d'un paquet de 176 transformations économiques et sociales présenté par le Premier ministre Manuel Marrero Cruz lors de la Troisième Session Extraordinaire de l'Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire (ANPP), tenue à La Havane.
Jusqu'à présent, la législation cubaine limitait les citoyens à importer des produits « sans caractère commercial », soumettant les opérations à des plafonds de valeur et de quantité. L'activité commerciale d'importation était réservée aux entreprises d'État, aux coopératives et aux mipymes autorisées.
Avec le changement annoncé, le gouvernement ouvre la possibilité que des particuliers participent légalement à des activités qui se sont déroulées de manière informelle pendant des années, en particulier à travers les « mulas », qui transportent des marchandises depuis l’étranger pour leur commercialisation ultérieure à l’intérieur de Cuba.
La mesure prend une importance particulière puisqu'elle intervient à peine deux mois après l'entrée en vigueur du nouveau Décret-Loi sur les Douanes, qui a renforcé les réglementations concernant l'entrée de marchandises dans le pays et a expressément interdit l'importation de colis destinés à des tiers en dehors des bagages personnels.
Les transformations incluses dans le soi-disant Axe 15 vont au-delà. Le gouvernement propose également que des entreprises privées et des coopératives puissent effectuer des opérations de commerce extérieur de manière directe, sous réserve de l'autorisation du Ministère du Commerce Extérieur et des Investissements Étrangers.
De même, l'intermédiation obligatoire des entités étatiques sera supprimée pour certaines opérations d'importation et d'exportation effectuées par des acteurs économiques non étatiques, ce qui est une demande récurrente du secteur privé cubain.
Marrero a présenté les mesures comme une réponse à la grave situation économique que traverse le pays.
«Nous faisons face au contexte le plus complexe depuis la Période Spéciale», a affirmé le Premier ministre lors de son intervention devant les députés.
Bien que le gouvernement ait de nouveau signalé les sanctions américaines comme l'un des facteurs ayant aggravé la crise, il a également récemment reconnu des problèmes internes liés à la bureaucratie, aux retards dans la mise en œuvre des réformes et aux limites du modèle économique en vigueur.
Pour justifier la profondeur des changements, Marrero a cité une phrase prononcée par Fidel Castro durant la crise économique des années quatre-vingt-dix.
«La vie, la réalité, la situation dramatique que traverse le monde nous oblige à faire ce que nous n'aurions jamais fait autrement», a-t-il rappelé.
Selon des données officielles, le paquet de réformes a été élaboré à partir de 390 propositions analysées par les autorités. Parmi celles-ci, deux tiers ont été intégrées dans le document final, auquel le Bureau Politique a ensuite ajouté de nouvelles recommandations.
Les transformations ont reçu le soutien du Comité Central du Parti Communiste lors d'un plénum extraordinaire tenu mercredi et ont été présentées ce jeudi devant l'Assemblée Nationale pour ratification.
Les mesures interviennent à un moment particulièrement délicat pour l'économie cubaine, marquée par des coupures de courant prolongées, une pénurie de nourriture et de médicaments, une inflation persistante et une baisse soutenue de l'activité productive.
Malgré l'ampleur des annonces, le gouvernement insiste sur le fait que les réformes ne représentent pas un changement de cap politique.
«Ces actions ne constituent pas une capitulation, mais plutôt l'ajustement souverain des instruments de développement aux circonstances concrètes du pays», a affirmé Marrero.
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