
Vidéos associées :
Le gouvernement cubain a annoncé ce jeudi une vaste réforme de sa politique d'investissement étranger qui permettra la participation directe de capitaux étrangers dans des entreprises privées et des coopératives, assouplira les mécanismes de recrutement et accordera de plus grandes garanties opérationnelles aux investisseurs, marquant un changement substantiel dans le modèle d'investissement en vigueur depuis des décennies.
Les mesures, incluses dans l'Axe 14 de les 176 transformations économiques et sociales présentées par le Premier ministre Manuel Marrero Cruz devant l'Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, ouvrent pour la première fois la possibilité aux investisseurs étrangers de participer directement à des entreprises privées et coopératives cubaines par le biais d'entreprises mixtes et de contrats d'association économique internationale, a souligné le quotidien officiel Granma.
La décision représente un changement significatif par rapport au modèle traditionnel, qui concentrait l'investissement étranger principalement dans des entreprises d'État et des secteurs stratégiques définis par le gouvernement.
Avec la réforme, le secteur privé émergent pourra accéder formellement à des capitaux étrangers, à la technologie et à un financement international.
Le paquet inclut également l'élargissement des droits accordés aux investisseurs. La durée des droits de superficie sera prolongée jusqu'à 99 ans, tandis que les droits d'usufruit pourront dépasser 50 ans, une mesure visant à offrir une plus grande sécurité juridique aux projets à long terme.
L'un des changements les plus significatifs est la suppression de l'obligation d'embaucher des travailleurs par l'intermédiaire d'entités employeuses étatiques. Pendant des années, ce mécanisme a été l'un des principaux sujets de préoccupation des investisseurs étrangers, car il empêchait l'embauche directe de personnel et conférait à l'État le contrôle sur l'intermédiation du travail.
Les nouvelles dispositions assouplissent également la gestion financière des entreprises avec des capitaux étrangers. Les entreprises pourront ouvrir des comptes bancaires à l'étranger sans autorisation préalable, bien qu'elles devront notifier l'opération à la Banque centrale de Cuba et à l'Office national des impôts.
De même, il sera permis à l'investissement étranger de disposer librement de ses revenus en devises, d'opérer dans le contexte de la dollarisation partielle croissante de l'économie et d'accéder au marché des changes national, l'une des principales revendications des investisseurs qui rencontrent des difficultés pour rapatrier leurs bénéfices et gérer des opérations financières dans le pays.
La réforme intègre également des mesures visant à accélérer les processus d'approbation. Le gouvernement promet de réduire les démarches, la documentation et les délais bureaucratiques, ainsi que de décentraliser les autorisations.
Parmi les nouveautés, on trouve l'application du « silence administratif positif », grâce auquel une demande pourra être considérée comme approuvée si l'administration ne répond pas dans le délai imparti.
Une autre des modifications ouvre de nouveaux espaces à l'investissement dans le secteur immobilier. Les entreprises avec participation étrangère pourront réaliser des opérations d'achat-vente de logements, tandis que l'investissement sera autorisé dans La Havane Vieille et d'autres zones patrimoniales, des territoires qui jusqu'à présent étaient soumis à de fortes restrictions.
Les autorités présentent ces mesures comme faisant partie d'une stratégie pour restaurer la confiance des investisseurs internationaux et accroître les flux de capitaux vers l'île.
L'investissement étranger a été bien en dessous des objectifs officiels ces dernières années, affecté par des problèmes structurels de l'économie cubaine, des difficultés d'accès aux devises, des retards de paiement aux fournisseurs et un environnement réglementaire jugé peu attrayant par de nombreux entrepreneurs.
L'ouverture aux entreprises privées et aux coopératives constitue l'un des changements les plus significatifs depuis le début de l'expansion limitée du secteur privé à Cuba.
Cependant, l'ampleur réelle de la réforme dépendra de sa mise en œuvre pratique et de la capacité du gouvernement à créer des conditions de stabilité économique et de sécurité juridique permettant de transformer ces annonces en investissements effectifs.
Pour une économie confrontée à une pénurie de devises, à une chute de la production et à un délabrement de l'infrastructure productive, l'arrivée de nouveaux capitaux est devenue une nécessité urgente.
La question sera de savoir si ces assouplissements seront suffisants pour renverser des années de méfiance et attirer des investisseurs prêts à assumer les risques du marché cubain.
Archivé dans :