Julio César Guanche met en lumière « la tragédie de la crise, son exploitation intéressée et le manque de capacité du peuple cubain à intervenir »

L'essayiste Julio César Guanche a analysé les 176 mesures économiques du régime cubain et les a qualifiées de plus grand ajustement structurel depuis 1959. Il trace trois scénarios hypothétiques pour Cuba et prévient qu'aucun d'eux ne garantit la justice sociale ni la participation populaire. Il conclut que la tragédie de la crise et l'incapacité du peuple cubain à intervenir dans son dénouement sont des faits, non des hypothèses.



Vieux demandant l'aumône à CubaFoto © CiberCuba

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L'intellectuel cubain Julio César Guanche a publié le mardi 23 juin un essai sur son profil Facebook, intitulé «Histoire et inventaire», dans lequel il déconstruit le discours officiel entourant le paquet de 176 mesures économiques présenté par le régime le 18 juin devant l'Assemblée nationale.

Guanche commence par une distinction qui marque le ton de toute l'analyse : « Une chose est l'histoire et une autre est un inventaire. Si 1959 était de l'histoire, 2026 semble être un inventaire. » Pour l'essayiste, les réformes — structurées en 23 axes et avec plus de 148 dispositions juridiques affectées — constituent la transformation vers le marché la plus profonde depuis le triomphe de la Révolution, bien que le document officiel la présente comme un « exercice souverain visant à préserver les conquêtes de la Révolution sans renoncer au socialisme ».

L'analyse textuelle qu'il propose est révélatrice : le mot « ouvrier » n'apparaît dans aucune des 23 thématiques ; le terme « syndicat » n'est mentionné qu'une seule fois, pour limiter les salaires à la capacité économique de l'entreprise ; et l'« Entreprise d'État Socialiste » reçoit l'ordre de se transformer en « société commerciale par actions ». Sa conclusion est claire : « Le signifiant demeure, mais le référent change. »

Ce que le document ne mentionne pas, soutient Guanche, a un nom précis : ajustement structurel. Ses mesures centrales —libéralisation des prix, banque privée, TVA, dévaluations, élimination des subventions universelles et ouverture totale à l'investissement étranger— sont celles que prescrivent habituellement les institutions monétaires mondiales dans leurs programmes de stabilisation.

À partir de ce diagnostic, l'essayiste esquisse trois scénarios hypothétiques. Le premier, une rénovation socialiste avec contrôle ouvrier, est écarté d'emblée : « Le contrôle ouvrier à Cuba est une fantasie. » Depuis les années soixante, le socialisme d'État a liquidé l'auto-organisation du travail, et lorsque la hiérarchie du parti se réorganise, il avertit : « le contrôle ouvrier ne naît pas : c'est la conversion du pouvoir administratif en propriété qui émerge. »

Le deuxième scénario est une transition négociée d'en haut entre les élites du régime. Sa limite structurelle, indique-t-il, est la corruption : l'ancien vice-premier ministre Alejandro Gil Fernández a été destitué en février 2024 et fait l'objet d'une enquête pour espionnage, malversation, corruption, blanchiment d'argent et trafic d'influences.

Le troisième chemin est une transition subordonnée à Washington, impulsée par l'embargo, la coupure de carburant depuis janvier 2026, l'imputation pénale de Raúl Castro et les sanctions sur GAESA. Guanche avertit que le Venezuela propose le scénario : le changement de régime n'a pas amélioré les salaires ni résolu la crise électrique, mais a réformé les lois pour ouvrir le modèle au capital étranger, ce qu'un sociologue a décrit comme la formalisation d'une « économie de spoliation et de dépouillement ».

Les trois scénarios partagent, selon Guanche, une même logique : le document crée des acteurs économiques privés que le système unipartite ne peut pas représenter sans se transformer. Le pacte implicite est celui de « l'autoritarisme développemental » : liberté économique en échange d'obéissance politique. Le propre Miguel Díaz-Canel l'a énoncé, selon l'essayiste, sans percevoir ses implications : « La première chose à faire est de produire. Si nous ne produisons pas, si nous ne générons pas de richesse [...] quelle justice sociale allons-nous défendre ? »

L'essai dénonce également les exclusions que les 176 mesures du régime ne prennent pas en compte : près d'une femme cubaine sur deux en âge de travailler est exclue du marché formel, la stratification raciale persiste dans la distribution de la richesse, et le document remplace les mots pauvreté et inégalité par « vulnérabilité multidimensionnelle », déléguant sa correction à la responsabilité volontaire des entreprises et des communautés.

Derrière ces omissions se cache une crise humanitaire aux chiffres alarmants : la mortalité infantile est passée de 4,0 à 9,9 pour mille naissances vivantes entre 2018 et 2025; la survie des enfants atteints de cancer est tombée de 85 % à 65 % en raison du manque de chimiothérapeutiques; plus de 12 000 enfants attendent une intervention chirurgicale sans matériel; et plus de la moitié des médicaments essentiels sont en rupture de stock. Pour Guanche, cette souffrance est devenue un instrument géopolitique : « la douleur transformée en monnaie d'échange géopolitique ».

Les réformes, conclut l'essayiste, arrivent tard et concernent une société que les manifestations du 11 juillet 2021 ont déjà révélée démunie. « La société arrive à ce moment démunie, sans organisation politique propre, et sans pouvoir supporter une nouvelle pénurie matérielle », écrit-il. Sa conclusion ne laisse place à aucune ambiguïté : « Les scénarios peuvent être hypothétiques. La tragédie de la crise, son exploitation intéressée et le manque de capacité du peuple cubain à intervenir dans ses dénouements ne le sont pas. »

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Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.

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