Capitalisme d'urgence pour sauver une tyrannie communiste

Parodie des dirigeants du Parti Communiste.Photo © José Daniel Ferrer.

Le régime castriste a commencé à mettre en œuvre une partie des 176 mesures économiques et sociales récemment annoncées. Ces décisions ne signifient pas une véritable ouverture démocratique ni un renoncement au modèle imposé depuis 67 ans. Ce sont, avant tout, des mesures de survie. Face à une économie détruite, un État sans ressources, des services publics en faillite et une population de plus en plus disposée à protester, la dictature est contrainte à autoriser des activités propre à une économie de marché qu'elle a pendant des décennies poursuivies et qualifiées d'ennemies du peuple.

Le Premier ministre Manuel Marrero Cruz a annoncé qu'une partie importante de ces mesures commencerait à être appliquée immédiatement ou au cours des mois suivants. Cependant, il s'est empressé de garantir que ces réformes ne signifiaient pas l'abandon du socialisme. Selon Marrero, le régime continue de défendre son modèle. Cette affirmation révèle le véritable objectif des mesures : elles ne visent pas à garantir la liberté économique et politique des Cubains, mais à obtenir des ressources, améliorer la production et prolonger le maintien au pouvoir du Parti Communiste.

Les nouvelles dispositions élargissent les espaces autorisés pour les Mipymes, les coopératives et les travailleurs indépendants. De nombreuses interdictions sont supprimées ou assouplies, et des activités jusqu'à présent presque entièrement réservées à l'État sont désormais ouvertes. Parmi celles-ci figurent la petite exploitation minière, la production d'électricité à partir de sources renouvelables, certains services pharmaceutiques et optiques, la fabrication ou l'assemblage de véhicules, la garde d'enfants et de personnes âgées, ainsi que la gestion de salles de sport, de piscines et d'installations récréatives.

De nouvelles modalités privées dans le tourisme sont également annoncées, y compris la gestion d'hôtels, la location de voitures et le transport de voyageurs. Certaines activités liées aux stations-service, aux infrastructures, aux terminaux et à d'autres services pourront être gérées par le biais de concessions, de partenariats ou d'autorisations étatiques.

Le régime reconnaît ainsi, bien qu'il ne l'admette pas expressément, que l'initiative privée peut produire, importer, administrer et investir avec une efficacité supérieure à celle de l'énorme appareil bureaucratique créé par le socialisme. Après des décennies à blâmer la propriété privée pour tous les maux, il a maintenant besoin de se tourner précisément vers elle pour tenter de sauver une économie détruite par la planification centralisée.

Mais l'ouverture s'arrête là où commencent les droits politiques. Tout en permettant certaines activités privées, le régime maintient l'interdiction de la presse indépendante, des stations de radio et de télévision libres, des partis politiques, des syndicats autonomes et des organisations civiques non soumises au PCC. Un citoyen peut gérer une pharmacie ou participer à la gestion d'un hôtel, mais il ne pourra pas fonder un journal, créer une université indépendante ou se battre librement pour le pouvoir.

Il s'agit donc de permettre un certain capitalisme économique tout en maintenant intacte la dictature politique. Le soi-disant socialisme cubain a eu autant de visages que d'urgences auxquelles le régime a dû faire face. Dans les premières années de la révolution, le castrisme a confisqué les propriétés de Cubains et d'étrangers, a pratiquement éliminé l'entreprise privée, a collectivisé l'agriculture et a établi une économie centralisée de type soviétique. Des milliers de commerces, d'industries et de propriétés ont été arrachés à leurs propriétaires sous la promesse de construire une société plus juste.

Le résultat a été la rareté, l'improductivité, la dépendance extérieure et la pauvreté. Lorsque les subventions soviétiques ont disparu, le régime a autorisé le travail indépendant, les restaurants familiaux et les investissements étrangers. Lorsque de nouvelles ressources ont été obtenues, cette fois de Vénézuela, il a de nouveau limité une grande partie de ces activités. Après 2010, le secteur privé a à nouveau été élargi et en 2021, les petites et moyennes entreprises ont été autorisées. Maintenant, il ouvre des secteurs qu'il considérait encore récemment comme stratégiques et intouchables.

Le mécanisme rappelle les cochons de "La Ferme des animaux" de George Orwell. Les règles changent en fonction des besoins de ceux qui gouvernent. Ce qui hier était considéré comme contre-révolutionnaire devient aujourd'hui indispensable. Ce qui a été condamné comme exploitation capitaliste apparaît demain présenté comme un outil pour renforcer le socialisme.

Ces mesures sont annoncées en plein milieu d'une crise extrême. Cuba subit des coupures de courant prolongées, un manque d'eau, une pénurie de nourriture et de médicaments, des transports à l'arrêt, de l'inflation et des salaires sans pouvoir d'achat. Le tourisme est profondément déprimé et plusieurs chaînes hôtelières, compagnies aériennes et entreprises étrangères réduisent ou abandonnent leurs opérations pour protéger leurs intérêts.

En même temps, la pression populaire augmente. À différents endroits de La Havane et dans d'autres villes du pays, des groupes de femmes et des voisins ont bloqué des rues pour protester contre les coupures de courant, le manque d'eau, la faim et la misère généralisée. Les demandes de services de base se mêlent de plus en plus à des revendications de liberté et à des condamnations ouvertes contre la dictature.

La pression des États-Unis, la perte de partenaires économiques et l'éloignement adopté par d'anciens alliés idéologiques aggravent encore davantage la situation. La Russie, la Chine et d'autres gouvernements peuvent offrir un soutien politique ou une aide ponctuelle, mais ils ne sont pas disposés à financer indéfiniment une économie insolvable et incapable de respecter ses engagements.

Les 176 mesures pourraient avoir certains effets positifs si elles étaient appliquées dans le cadre d'un véritable État de droit. Mais une économie de marché a besoin de propriété sécurisée, de tribunaux indépendants, d'informations libres, de concurrence, de transparence et de stabilité juridique. Le régime souhaite des entrepreneurs sans indépendance, des investissements sans garanties, des marchés sans démocratie et une productivité sans liberté.

Ces concessions arrivent trop tard. Elles pourront accorder un certain oxygène temporaire à la dictature, mais ne résoudront pas la contradiction fondamentale entre un peuple qui désire vivre, produire et décider librement, et une élite déterminée à conserver le pouvoir.

Les réformes ne démontrent pas la force du socialisme cubain, elles sont la confession de son échec. Le régime peut changer des décrets, modifier des slogans et qualifier de "socialiste" toute mesure capitaliste qu'il se doit d'adopter. Ce qu'il ne peut pas changer, c'est le résultat de 67 ans d'oppression, de ruine et d'inefficacité. La pression populaire et extérieure continuera de croître, et la dictature castro-communiste est condamnée à s'effondrer et à disparaître très bientôt.

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José Daniel Ferrer García

José Daniel Ferrer García (Palma Soriano, 1970). Coordinateur de l'UNPACU et président du Parti du Peuple.