
Une publication de Sonia Hernández Camacho, fonctionnaire du Ministère des Relations Étrangères de Cuba (MINREX), a de nouveau mis en évidence une tension de plus en plus visible dans le discours du régime sur ses réformes économiques : tandis qu'Havane les présente comme une décision interne et souveraine, une partie de sa narration diplomatique semble plus attentive à l'interprétation faite par Washington qu'à la perception des Cubains eux-mêmes.
Hernández Camacho, qui se présente comme directrice des Thèmes Bilatéraux de la Direction Générale des États-Unis du MINREX, a réagi sur Facebook aux nouvelles mesures américaines en vigueur depuis le 30 septembre avec une phrase révélatrice : « Les nouvelles mesures annoncées par le Gouvernement des États-Unis [...] sont la preuve la plus récente que peu importe ce que Cuba fait pour essayer d'avancer, de se développer, de diversifier son économie et ses acteurs économiques, cela ne sera jamais suffisant pour les États-Unis ».
La phrase n'indique pas explicitement que les réformes ont été conçues pour plaire aux États-Unis. Cependant, elle place le paquet de changements dans une logique de validation externe : Cuba « fait », Washington « évalue » et, selon la fonctionnaire, rien n'est suffisant. Ce cadre déplace le centre du débat des résultats concrets pour la population vers la réponse politique du gouvernement américain.
Depuis juin, le gouvernement a insisté pour présenter les 176 transformations économiques et sociales comme une décision qui lui appartient.
Miguel Díaz-Canel a déclaré qu'ils n'étaient pas adoptés « sous la pression des yankees » et a ensuite démenti qu'ils visaient à « plaire aux États-Unis ». Manuel Marrero Cruz a également défendu le paquet comme faisant partie d'une transformation « 100 % cubaine » réalisée « avec une totale souveraineté », bien que le gouvernement lui-même ait reconnu avoir étudié des expériences comme celles de la Chine et du Vietnam.
Le post de Hernández Camacho introduit, cependant, une nuance inconfortable. La fonctionnaire ne fait pas valoir l'allégement que ces mesures ont produit dans la vie quotidienne des Cubains, mais se base sur la supposée réticence de Washington à les reconnaître.
Les coupures de courant, l'inflation, la pénurie, les salaires dévalués, l'émigration massive et la méfiance des citoyens sont relégués au second plan face à la demande selon laquelle les États-Unis ne valorisent pas les changements annoncés par La Havane.
Ce tournant ne se présente pas de manière isolée. Au cours des derniers mois, le régime a alterné entre différentes approches en fonction du contexte politique. En février, CiberCuba a documenté comment un communiqué du MINREX a évité les termes habituels du discours castriste tels que « blocage », « impérialisme », « agression » ou « ennemi », et a adopté un langage plus technique, diplomatique et ouvert au dialogue avec les États-Unis.
Algo similaire s'est produit par la suite avec la base navale de Guantánamo. Une communication militaire cubaine est passée de la rhétorique historique sur le « territoire occupé » à une formulation plus neutre, se référant au lieu comme un « enclave militaire », sans alourdir le message avec les revendications traditionnelles de souveraineté. Dans les deux cas, le régime semblait moduler son langage pour projeter du pragmatisme face à Washington.
La publication de Hernández Camacho montre le revers de cette opération discursive. Lorsqu'elle doit se présenter comme un interlocuteur viable, La Havane adoucit son vocabulaire ; lorsque Washington durcit sa position ou ne valide pas ses gestes, elle reprend la narration du préjudice externe.
Les réformes se retrouvent alors piégées dans une double fonction : à l'intérieur, elles se présentent comme souveraines ; à l'extérieur, comme preuve que le régime cubain tente de changer et que les États-Unis ne le reconnaissent pas.
Les mesures américaines citées par la responsable incluent des restrictions supplémentaires sur les transactions financières directes et indirectes avec des entités de la Liste Restreinte de Cuba, la suppression de l'autorisation pour les opérations bancaires connues sous le nom de U-Turn et le retrait de la licence permettant aux banques sous juridiction américaine de maintenir certains comptes d'entrepreneurs privés cubains.
Hernández Camacho a présenté ces décisions comme une preuve que Washington éprouve pour le secteur privé cubain « le même mépris » que, selon elle, il ressent pour le gouvernement et le « peuple révolutionnaire ». Elle a également affirmé que les États-Unis « ont perdu leur masque » de soutien au peuple cubain et au secteur privé.
La paradoxe est difficile à esquiver. Le régime cubain a limité pendant des années la marge d'autonomie des acteurs privés par le biais d'autorisations, de contrôles, de restrictions à l'importation, de plafonds, d'inspections et d'un cadre légal subordonné aux décisions du Parti Communiste.
Maintenant, quand les sanctions américaines affectent ce secteur, le discours officiel tente de se présenter comme son défenseur, sans reconnaître le poids des entraves internes qui conditionnent son développement.
La tension augmente si l'on observe le dernier bilan du régime lui-même. Marrero a assuré cette semaine que 158 des 176 transformations ont déjà été mises en œuvre, ce qui équivaut à 89 % du paquet. Cependant, ce prétendu progrès réglementaire ne s'est pas traduit par une amélioration perceptible pour la population, qui continue de faire face à une crise marquée par le manque d'approvisionnement, l'inflation et la détérioration des services de base.
Dans ce contexte, le message de la fonctionnaire du MINREX s'avère révélateur. Le problème n'est pas seulement que La Havane blâme Washington pour les limites de ses réformes, mais qu'il semble avoir besoin de la réaction des États-Unis pour leur conférer un sens politique.
Le régime assure qu'il ne change pas pour satisfaire la Maison Blanche, mais ses porte-parole réagissent comme si le jugement américain était central pour évaluer l'ampleur de ces changements.
Les réformes, si elles étaient réellement souveraines, devraient se légitimer par leur impact sur la vie quotidienne des Cubains. Jusqu'à présent, le régime se vante de transformations, dénonce les sanctions et ajuste son langage en fonction de l'interlocuteur, tandis que la population continue d'attendre des résultats.
En cette contradiction se résume le fond du problème : La Havane dit se tourner vers l'intérieur, mais elle revient sans cesse à Washington pour expliquer ce qu'elle n'arrive pas à démontrer à Cuba.
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