De quelle gloire parle Ana Hurtado pendant que Cuba s'enfonce dans la crise ?

Ana Hurtado et mère cubaine de huit enfants à Santiago de CubaPhoto © Facebook / Ana Hurtado - José Daniel Ferrer García

L'activiste espagnole Ana Hurtado, connue pour sa défense du régime cubain et ses liens familiaux avec l'élite militaire de l'île, a de nouveau recours à l'épopée révolutionnaire pour célébrer une supposée gloire du peuple cubain, cette fois à l'occasion du vote contre l'embargo américain aux Nations Unies.

«Ils n'ont pas voté avec Cuba. Mais Cuba était là. C'est pourquoi la gloire sera réservée à quelques-uns seulement, parmi eux ce peuple et cette Révolution», a écrit sur Facebook, accompagnant sa publication d'images qui reprochent à plusieurs pays de ne pas avoir soutenu La Havane malgré l'aide cubaine reçue.

La déclaration intervient après que l'Assemblée générale de l'ONU a adopté la résolution contre l'embargo avec 130 votes en faveur, 17 contre et 25 abstentions, ce qui représente une perte de 35 soutiens par rapport à 2025 et le moindre soutien enregistré depuis le début de la présentation de l'initiative en 1992.

Hurtado transforme ainsi un recul diplomatique en une revendication de supériorité morale, sans expliquer quelle gloire une population confrontée à des coupures de courant interminables, à une pénurie d'aliments et de médicaments, et à un déclin soutenu de ses conditions de vie peut tirer de ce résultat.

La solidarité médicale transformée en dette politique

Les images partagées par Hurtado rappellent l'assistance fournie par des professionnels cubains dans des pays tels que l'Argentine, l'Équateur, l'Italie et la Colombie, dont les gouvernements ont modifié leurs positions concernant la résolution.

Le message suggère que cette coopération devrait se traduire par une loyauté diplomatique envers La Havane, comme si les services offerts par les médecins et spécialistes cubains engendraient une obligation permanente de soutien politique au régime.

Cependant, le mérite des professionnels qui ont pris en charge des milliers de patients n’appartient pas aux dirigeants qui ont organisé ces missions. Cela n’oblige pas non plus les gouvernements récepteurs à soutenir leurs positions internationales.

La revendication omet également les dénonciations concernant les conditions de travail des coopérants.

Des experts des Nations Unies ont exprimé leur inquiétude concernant les pratiques coercitives dans les missions médicales cubaines, tandis qu'un rapport de la Commission interaméricaine des droits de l'homme d'avril 2026 a documenté des témoignages de restrictions de mouvement, de menaces et de rétention de documents, et a averti que certaines pratiques pourraient constituer du travail forcé ou de la traite des personnes.

Le travail des professionnels cubains mérite reconnaissance, mais ne doit pas être utilisé pour ignorer leurs droits ni transformer leur travail en une dette politique exigible à des tiers pays.

La gloire et le sacrifice, toujours pour les mêmes

Ce n'est pas la première fois qu'Hurtado invoque l'héroïsme et le sacrifice du peuple cubain. Début octobre, il a publié sur Cubadebate un article dans lequel il s'est référé à l'épopée des guerres du Vietnam, d'Afghanistan et d'Irak pour avertir les États-Unis des conséquences d'une éventuelle intervention militaire.

Maintenant, face à la perte de soutiens diplomatiques, il réaffirme la résistance révolutionnaire comme une source de gloire collective.

La contradiction prend une autre dimension par la position de la propre Hurtado, mariée à Senén Casas Más, fils du défunt général Senén Casas Regueiro et étroitement lié au milieu militaire du pouvoir cubain.

La Espagnole a fait de la défense du régime une partie centrale de son activité publique, tout en exaltant les sacrifices imposés à une population soumise à des conditions de vie de plus en plus difficiles.

Lors du débat sur la résolution aux Nations Unies, l'ambassadeur américain Mike Waltz a dénoncé précisément le contraste entre les privations des citoyens et les privilèges de l'élite dirigeante. Il a remis en question les ressources accumulées par le conglomérat militaire GAESA et a évoqué les montres de luxe, les yachts et les propriétés des dirigeants et de leurs familles, tandis que les médicaments et le carburant se font rares.

Son des accusations formulées par Washington, mais elles soulèvent une question que Hurtado n'aborde pas non plus : la distribution inégale des ressources et des sacrifices au sein du système qu'il défend.

La réalité quotidienne offre peu d'espace pour l'épique. Cuba accumule de graves pannes dans ses centrales thermiques, une pénurie de carburant, des déficits de production qui ont dépassé les 2 000 mégawatts, ainsi que des coupures électriques prolongées qui paralysent les foyers, les services et les activités économiques.

Et même au sein de l'appareil officiel, des interrogations commencent à se faire entendre sur cette rhétorique. Récemment, lorsque Hurtado a recommandé une application pour gérer les coupures de courant et les a attribuées exclusivement à Donald Trump et à l'embargo, la journaliste cubaine Ana Teresa Badía a répondu en demandant des explications et de l'empathie : « Il manque de ressentir comme celui qui n'a pas de lumière ».

L'observation, émanant d'une communicante liée aux institutions officielles, reflète au moins la tension entre les discours de résistance et l'expérience quotidienne de ceux qui souffrent de la crise.

La question demeure : que signifie cette gloire pour ceux qui passent une grande partie de la journée sans électricité, cherchent des médicaments introuvables et peinent à nourrir leurs familles ?

Hurtado le promet en nom du peuple et de la dite « révolution », mais il n'explique pas comment cela se traduit par une vie meilleure pour les Cubains ni pourquoi les sacrifices qu'il exalte incombent à ceux qui ont le moins de pouvoir pour décider de leur destin.

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