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Au cours des dernières années, le nom de Cuba a été souvent associé à des schémas internationaux de blanchiment d'argent. Des opérations policières, des enquêtes journalistiques et des rapports de renseignement ont désigné l'île comme un « pont financier » attrayant pour des réseaux illicites. Quels facteurs expliquent que Cuba figure dans autant de trames mondiales de blanchiment de capitaux ? Nous examinerons ci-après le rôle du système financier cubain, les zones grises du contrôle étatique — y compris le rôle de GAESA — et certains cas emblématiques illustrant cette tendance préoccupante.
Un système financier opaque et contrôlé par l'État
Une première clé réside dans l'opacité du système financier cubain. Depuis des décennies, Cuba opère une économie duale avec des marchés officiels contrôlés et un vaste marché noir de devises, alimenté par des envois de fonds et des activités informelles. Le manque de transparence et l'existence d'un important circuit de liquidités parallèle représentent des risques sérieux de blanchiment d'argent.
Le contrôle étroit de l'État et des militaires sur l'économie aggrave le problème. Une grande partie des revenus en devises de Cuba passent par des conglomérats d'État sans audit public indépendant. On souligne le rôle de GAESA, le holding des Forces Armées qui gère des affaires stratégiques — tourisme, commerce, remises, importations — dans une stricte confidentialité. Les analystes estiment que GAESA contrôle entre 40 % et 60 % des devises qui entrent dans le pays, opérant des entreprises enregistrées à Panama et des comptes bancaires dans des paradis fiscaux sans contrôle citoyen.
Un rapport de 2025 a révélé que GAESA gère plus de 95 % des finances nationales et que même la Banque centrale agit en subordination à ses directives. Entre 2008 et 2022, des plus de 108 000 millions de dollars générés par les missions médicales cubaines, environ 70 000 millions ont été absorbés par GAESA via la Banque financière internationale, sans audit ni contrôle. En essence, un « État dans l'État » a été créé, une structure financière parallèle gérée par l'élite militaire avec peu de transparence et de responsabilité.
Cuba comme « pont financier » dans des enjeux mondiaux
Plusieurs cas internationaux illustrent comment Cuba a joué le rôle de pont pour le blanchiment d'argent, servant de halte ou de destination temporaire pour des capitaux illicites. L'Opération "Rapax", en Espagne (2025), a démantelé un réseau criminel qui a escroqué près de sept millions d'euros en subventions publiques et a canalisé une partie de ces fonds vers Cuba. Les autorités ont conclu que le choix de l'île n'était pas anodin : l'opacité financière et l'absence de contrôles efficaces en font une destination idéale pour blanchir des capitaux sans susciter d'alerte.
Une autre enquête conjointe d'Europol et de la police espagnole en 2025 a démantelé un réseau lié au crime organisé russe qui prévoyait d'investir à Cuba pour blanchir des capitaux. Les chefs de ce réseau ont négocié avec des fonctionnaires cubains pour installer des parcs solaires photovoltaïques en échange de paiements en nickel et en or. Bien que le projet ait été abandonné, il a mis en évidence la lâcheté des autorités cubaines face à des investisseurs d'origine douteuse.
En 2018, le chercheur américain Douglas Farah a révélé un réseau où l'ancien groupe guérillero colombien FARC blanchissait de l'argent provenant du trafic de drogue à travers Cuba. Les fonds étaient transférés de la Colombie vers des comptes cubains, puis vers El Salvador, le Nicaragua et le Panama, où ils étaient légalisés. Bien que le gouvernement cubain ait nié ces accusations, l'affaire a montré comment les lacunes de contrôle sur l'île sont exploitables pour des complots illicites internationaux.
Intermédiaires, entreprises écran et alliés sanctionnés
Une autre dimension du problème est la connexion de Cuba avec des alliés stratégiques accusés de corruption. Le cas de la compagnie aérienne Plus Ultra, investiguée en Espagne, est emblématique. Bien que d'origine espagnole, l'entreprise était étroitement liée aux gouvernements du Venezuela et de Cuba. En 2025, ses dirigeants ont été arrêtés pour blanchiment d'argent. La compagnie aérienne aurait servi à déplacer de l'argent provenant de la corruption vénézuélienne, dont une partie aurait pu retourner à Cuba déguisée en paiements pour des services ou des contrats gonflés.
Plus Ultra a loué des avions à Cubana de Aviación et a transporté des brigades de médecins cubains, intégrant ainsi le dispositif logistique du régime. L'affaire illustre comment une compagnie aérienne essentielle pour Cuba s'est retrouvée impliquée dans des réseaux de blanchiment, renforçant les liens financiers entre La Havane et Caracas.
Un autre scandale majeur a été celui de Habanos S.A., l'entreprise mixte qui commercialise les cigares cubains. Des enquêtes journalistiques ont révélé que l'homme d'affaires chinois Chen Zhi, accusé de fraude massive et de blanchiment d'argent, s'était infiltré en tant que propriétaire indirect de la moitié de l'entreprise. À travers des sociétés écrans et des cryptomonnaies, il a blanchi des milliards de dollars provenant de casinos illégaux et d'escroqueries en ligne, transformant cet argent sale en actifs légitimes dans le secteur du tabac cubain.
Les failles exploitées par le blanchiment d'argent
Les cas décrits expliquent pourquoi Cuba apparaît encore et encore dans des affaires internationales de blanchiment d'argent : son environnement financier et politique présente des failles structurelles qui sont très attrayantes pour les criminels de tous horizons. Parmi les facteurs clés, on distingue :
- Opacité et manque de transparence : La dualité économique cubaine rend difficile le suivi de l'argent. D'importants flux de liquidités circulent sans supervision indépendante.
- Contrôle étatique-militaire absolu : Des entités comme GAESA gèrent d'énormes sommes en devises en dehors du contrôle public, créant un “trou noir” financier.
- Collaboration avec des alliés remis en question : Cuba a servi de plateforme financière à des régimes et des groupes impliqués dans la corruption régionale.
- Besoin de devises et d'investissements : Le désespoir économique la rend moins exigeante quant à l'origine du capital étranger.
- Cadre juridique et coopération internationale limitées : Bien qu'il participe formellement aux évaluations du GAFI, l'application des normes est déficiente et la coopération avec les organisations internationales est minimale.
Dans l'ensemble, ces facteurs forment un écosystème propice au blanchiment. Ce n'est pas que Cuba soit le seul pays utilisé pour le blanchiment d'argent, mais elle présente des avantages comparatifs : secret, contrôle vertical et position géopolitique en dehors de certains circuits réglementaires. Tant qu'il n'y aura pas de changements structurels — plus de transparence, des contrôles indépendants et des limites au pouvoir militaire —, l'île continuera d'être un maillon clé des réseaux mondiaux de blanchiment d'argent.
Sources consultées
- CiberCuba
- Diario de Cuba
- Martí Noticias
- Infobae
- Département d'État des États-Unis.
- OFAC
- Investigateur Douglas Farah
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