Pendant le programme “Cuba : peuple héroïque en résistance”, diffusé ce dimanche par le Canal Catorce dans son espace Versions Publiques, la diplomate Johana Tablada de la Torre a affirmé que la Loi Helms-Burton stipule expressément que personne de "nom Castro" ne puisse être élu démocratiquement par les citoyens cubains.
"La Loi Helms-Burton affirme même que si une personne portant le nom de Castro est élue lors des élections qu'ils organiseraient, les résultats ne seraient pas reconnus", a déclaré la deuxième cheffe de mission de l'ambassade de Cuba au Mexique au journaliste Jenaro Villamil, président également du Système Public de Radiodiffusion de ce pays.
L'affirmation était catégorique. Le problème, c'est qu'elle n'est pas dans la loi.
La loi sur la liberté et la solidarité démocratique cubaine (LIBERTAD) de 1996, connue sous le nom de Helms-Burton et codifiée dans le Titre 22 du Code des États-Unis (Chapitre 69A), établit les conditions selon lesquelles le président américain pourrait reconnaître un « gouvernement de transition » ou un « gouvernement élu démocratiquement » à Cuba.
Mais dans aucune de ses sections n'apparaît une clause invalidant des élections en raison du nom de famille du gagnant.
Ce que le texte établit réellement
Le Titre II de la loi définit les exigences pour considérer qu'il existe un « gouvernement de transition ». Parmi celles-ci, on trouve la libération des prisonniers politiques, la légalisation des partis politiques, le respect des libertés civiles et l'organisation d'élections libres et justes.
Dans ce même cadre, le 22 U.S.C. § 6064 stipule que ne sera pas considéré comme un “gouvernement de transition” celui qui inclut Fidel Castro ou Raúl Castro. L'exclusion est nominale et spécifique. Leurs noms figurent parce qu'en 1996, lors de l'adoption de la loi, ils étaient ceux qui exerçaient le pouvoir sur l'île.
La norme ne mentionne pas "les Castro" comme catégorie familiale, ni n'établit une interdiction générale basée sur le nom de famille. Elle n'affirme pas non plus que des élections seraient automatiquement considérées comme inconnues si le gagnant s'appelle Castro. Cette formulation ne figure pas dans le texte.
La différence n'est pas sémantique : elle est substantielle. Une exclusion personnelle concrète ne correspond pas à un veto dynastique.
Élections oui, mais avec des conditions
La Helms-Burton conditionne en effet la reconnaissance américaine au respect de certains standards dans le processus politique : élections libres et supervisées internationalement, pluralisme politique, garanties des droits fondamentaux et avancées vers un système économique de marché.
C'est une loi polémique, en particulier en raison de sa portée extraterritoriale et de son association entre la levée des sanctions et des transformations internes à Cuba. Elle peut être critiquée pour son optique interventionniste. Cependant, ce qu'elle ne fait pas, c'est établir que le simple fait que le gagnant d'une élection porte le nom de Castro invalide le résultat.
La narration présentée par Tablada transforme une disposition concrète —l'exclusion nominale de Fidel et Raúl Castro dans le contexte d'un gouvernement de transition— en une règle inexistante concernant toute élection future.
Et les institutions ?
Dans la même intervention, la diplomate a affirmé que la loi Helms-Burton précise “quelles sont les institutions cubaines qui doivent disparaître”. Là encore, le texte ne soutient pas une formulation aussi large.
La loi ne contient pas une liste générale d'organes étatiques dont l'élimination est ordonnée de manière détaillée. Elle ne decreta pas, par exemple, la disparition explicite du Parti Communiste ou de l'Assemblée Nationale.
Oui, il existe une référence concrète : le 22 U.S.C. § 6065(a)(3) exige qu'un gouvernement de transition ait dissous le Département de la Sécurité de l'État du ministère de l'Intérieur (MININT), y compris les Comités de Défense de la Révolution (CDR) et les Brigades de Réponse Rapide.
Au-delà de cette mention ponctuelle des structures de sécurité, la Helms-Burton impose une série de conditions politiques structurelles pour que le président des États-Unis puisse reconnaître un gouvernement de transition ou un gouvernement démocratiquement élu à Cuba.
Le Titre II exige, entre autres éléments, la libération de tous les prisonniers politiques, la légalisation de l'activité de tous les partis et le droit à l'organisation politique sans restrictions, l'engagement public à organiser des élections libres et justes sous surveillance internationale et le respect effectif des libertés civiles fondamentales telles que la liberté d'expression, de presse, d'association et de réunion.
Elle établit également la nécessité de progresser vers l'indépendance du pouvoir judiciaire et vers un système économique de marché avec reconnaissance de la propriété privée.
Dans le cas d'un gouvernement considéré comme pleinement démocratique, la loi exige qu'il soit issu d'élections libres et compétitives et qu'il soit constitutionnellement engagé en faveur du pluralisme politique.
Ses exigences de transformation institutionnelle profonde sont formulées comme des normes démocratiques générales, non comme des veto personnels par nom de famille ni comme des clauses automatiques de rejet électoral.
L'importance du contraste
Dans un débat chargé de symbolisme et de confrontation historique, les mots ont leur importance. La Helms-Burton peut faire l'objet de critiques en raison de sa conception ou de son impact. Cependant, l'analyse doit se fonder sur ce que la loi dit effectivement.
L'affirmation selon laquelle les États-Unis ne reconnaîtraient pas des élections à Cuba si un "Castro" l'emporte n'est pas fondée sur le texte de la loi. Le contraste entre la déclaration publique et le contenu légal est clair : cette disposition n'est pas inscrite dans la Helms-Burton.
Mais les diplomates au service du régime totalitaire cubain ne dérogent pas au discours appris pendant des années d'endoctrinement et de reproduction automatique des narrations officielles.
Les fonctionnaires du ministère des Relations étrangères (MINREX) mentent, déforment, manipulent et ne montrent même aucune réaction lorsqu'ils affirment catégoriquement que la “majorité des Cubains soutient le système actuel”.
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