La diplomate cubaine Johana Tablada de la Torre a de nouveau placé l'actuel secrétaire d'État, Marco Rubio, au centre du récit officiel contre Washington.
Lors d'une interview sur le Canal Catorce de la télévision publique mexicaine, la fonctionnaire du MINREX a déclaré que Rubio “a extorqué” Donald Trump en 2019 pour obtenir l'activation du Titre III de la loi Helms-Burton, en pleine controverse concernant la supposée ingérence russe dans les élections américaines.
“En 2019, Marcos Rubio parvient à extorquer Trump car il était président du Comité du renseignement du Sénat et Trump président lorsqu'un scandale éclate avec une menace de impeachment pour le président Trump en raison de l'ingérence supposée d'un tiers dans les élections américaines, et ils font un échange de faveurs”, a affirmé Tablada de la Torre.
Évitant de mentionner le Kremlin, cerveau des interférences russes lors de ces élections, la diplomate est allée plus loin en décrivant un prétendu pacte politique :
« Je me souviens exactement, vivement, du jour où ils vont à la Maison Blanche et à la sortie de la Maison Blanche, Trump dit qu'il va appliquer le Titre 3 et il le fait quelques jours plus tard. »
Selon sa version, Rubio aurait obtenu l'activation de cet article de la Helms-Burton en échange de soutenir d'autres priorités du président républicain, comme le mur à la frontière et la reconnaissance de Juan Guaidó au Venezuela.
La diplomate a même affirmé que la politique envers Cuba durant le premier mandat de Trump était connue en interne sous le nom de “Pour rendre Marcos Rubio heureux”. “Trump disait, faites ce homme heureux”, a-t-elle soutenu.
Les déclarations n'ont apporté ni preuves ni détails vérifiables concernant la supposée "extorsion", mais elles ont néanmoins réaffirmé un schéma constant dans la narration du régime cubain : personnaliser la politique américaine envers l'île à la figure de Marco Rubio.
Depuis des années, le sénateur — et aujourd'hui secrétaire d'État — a été présenté par La Havane comme la "bête noire" responsable du durcissement des sanctions.
L'obsession discursive autour de Rubio remplit une fonction politique claire : transformer une politique bipartite de pression en une prétendue croisade individuelle, presque personnelle, contre le régime cubain.
L'activation du Titre III en 2019, qui a permis des poursuites en justice devant des tribunaux américains contre des entreprises qui "trafiquent" avec des biens confisqués à Cuba, a été une décision adoptée par l'administration Trump après plus de deux décennies de suspension systématique par des présidents précédents.
Le régime a qualifié cette mesure d'acte d'agression économique. Cependant, réduire la décision à un échange de faveurs dans le contexte de la destitution implique une simplification politique qui s'inscrit dans la rhétorique habituelle de La Havane.
Ce n'est pas la première fois que des fonctionnaires cubains tentent de surestimer ou d'exploiter de supposées différences entre Trump et Rubio. À différents moments, la diplomatie cubaine a suggéré que le président était plus pragmatique et que le durcissement faisait suite à des pressions de secteurs "extrémistes" dirigés par le politicien cubano-américain.
Ce discours vise à projeter l'image de divisions internes à Washington et à présenter la politique envers Cuba comme le résultat d'intrigues personnelles plutôt que de décisions stratégiques.
Cependant, la politique de pression envers le régime cubain n'est pas née en 2019 et ne dépend pas exclusivement d'une seule personne.
La Loi Helms-Burton a été adoptée en 1996 par le Congrès et signée par le président Bill Clinton. Les sanctions ont fait l'objet d'ajustements sous les administrations républicaines et démocrates. La continuité de certaines lignes stratégiques dément l'idée que tout résulte de l'influence individuelle d'un seul politicien.
Les déclarations de Tablada de la Torre, loin d'apporter des preuves concrètes, renforcent le ton conspirationniste avec lequel le régime explique souvent les décisions qui lui sont défavorables. En parlant d'“extorsion” et d'échanges cachés, la diplomate a introduit de graves accusations sans fondement public vérifiable.
Plus qu'éclaircir les faits, ses paroles ont illustré la stratégie de communication du gouvernement cubain : désigner un adversaire personnalisé, insister sur les divisions internes aux États-Unis et présenter chaque mesure de pression comme le résultat de manœuvres obscures.
Marco Rubio, devenu le symbole du durcissement de la politique envers La Havane, reprend le rôle d'antagoniste central dans un discours qui privilégie la confrontation narrative à l'analyse institutionnelle.
Dans cette logique, l'ennemi n'est pas une loi adoptée par le Congrès ni une politique soutenue par différentes administrations, mais une figure concrète sur laquelle repose l'entière responsabilité.
Une telle simplification peut servir au récit politique interne, mais elle remplace difficilement un débat sérieux sur les causes et les conséquences des sanctions.
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