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Le régime cubain a de nouveau tenu les États-Unis pour responsables de la crise alimentaire sur l'île, après l'adoption par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU d'une résolution présentée par La Havane en défense du droit à l'alimentation.
Lors de la session tenue à Genève, des représentants du gouvernement cubain ont dénoncé le prétendu caractère “inhumain et illégal” de l'embargo américain, qu'ils attribuent à la détérioration de la sécurité alimentaire du pays. Cependant, les chiffres du commerce bilatéral révèlent une réalité très différente.
Depuis l'entrée en vigueur de la Trade Sanctions Reform and Export Enhancement Act (TSREEA) en l'an 2000, les États-Unis autorisent l'exportation de nourriture et de produits agricoles vers Cuba, sous des conditions telles que le paiement en espèces à l'avance. Autrement dit, il n'existe pas d'interdiction totale du commerce alimentaire, mais un régime restrictif mais opérationnel.
De fait, Cuba a importé de manière soutenue des aliments des États-Unis depuis plus de deux décennies. Entre 2001 et 2025, les achats cumulés dépassent 7,8 milliards de dollars, ce qui confirme que l'approvisionnement en provenance de ce pays n'est pas seulement possible, mais aussi structurel.
Seulement en 2025, entre janvier et mai, les importations alimentaires en provenance des États-Unis ont atteint environ 204,9 millions de dollars. Le poulet congelé domine largement ces achats, représentant certains mois plus de 40 % du total, et se consolidant comme l'une des principales sources de protéines pour la population cubaine.
Si ce rythme se maintient, les importations annuelles pourraient dépasser les 400 millions de dollars, l'un des niveaux les plus élevés enregistrés au cours de la dernière décennie.
Ce flux constant de nourriture déconstruit l'argument d'une prétendue asphyxie totale. Cuba importe environ 80 % des aliments qu'elle consomme, une dépendance qui répond principalement à la faible productivité agricole interne, le manque d'incitations et les inefficacités du modèle économique d'État.
Malgré cela, le discours officiel insiste sur le fait d'attribuer la pénurie à l'embargo. La réalité est plus complexe : bien qu'il existe des limitations financières — comme l'impossibilité d'accéder à des crédits et les difficultés à effectuer des paiements internationaux —, le commerce des denrées alimentaires avec les États-Unis continue de fonctionner et a même augmenté en période de crise interne.
La paradoxe est évidente. Tandis que le régime dénonce dans des forums internationaux l'utilisation des aliments comme outil de pression politique, il dépend en grande partie des importations en provenance du même pays qu'il accuse.
A cela s'ajoutent des facteurs internes déterminants : une agriculture en déclin, des décisions économiques qui ont privilégié des secteurs comme le tourisme au détriment de la production alimentaire, et un manque chronique de devises.
Même les récentes mesures visant à assouplir les importations privées et à éliminer les droits de douane sur certains produits reflètent la reconnaissance implicite que le système étatique ne parvient pas à garantir l'approvisionnement.
Dans ce contexte, blâmer exclusivement des facteurs externes n'est pas seulement insuffisant, mais cache les causes structurelles d'une crise alimentaire que le modèle économique lui-même a contribué à approfondir.
Dolarisation, inégalité et contrôle interne
À cette contradiction s'ajoute "la politique de dollarisation partielle de l'économie" promue par le régime lui-même ces dernières années.
Une grande partie des aliments importés —y compris ceux achetés aux États-Unis— est commercialisée dans des magasins en devises à des prix qui peuvent tripler ceux du marché d'origine, excluant ceux qui n'ont pas accès aux dollars.
Ce modèle non seulement aggrave les inégalités sociales, mais canalise également des revenus vers le conglomérat militaire GAESA et les élites liées au pouvoir, qui contrôlent une grande partie du commerce en devises fortes.
En même temps, les Mipymes et les acteurs privés dépendent de ces importations et des canaux contrôlés par l'État pour fonctionner, ce qui renforce leur subordination au système.
En contraste, la plupart des Cubains, sans accès aux devises, se retrouvent relégués à un système de rationnement de plus en plus affaibli, avec un carnet de ravitaillement en voie de disparition.
En pratique, l'État ne reconnaît pas seulement son incapacité à produire des aliments en quantité suffisante, mais il gère également cette pénurie au moyen d'un schéma qui privilégie la collecte des devises plutôt que l'accès équitable aux biens de première nécessité.
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