Cuba peut-elle renaître comme le "Hong Kong de l'Amérique" ? L'opportunité qui dépend d'une Cuba libre



Vue du skyline de La Havane, où coexistent des bâtiments modernes et des structures détériorées, reflétant les contrastes urbains de la capitale cubaine.Photo © CiberCuba

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Un article d'opinion publié ce mardi dans le Washington Examiner suggère que Cuba pourrait devenir le "Hong Kong d'Amérique", mais seulement si des réformes démocratiques et économiques profondes se produisent, ce qui n'existe pas aujourd'hui sur l'île.

Le texte, signé par César Conda —co-fondateur de Navigators Global et ancien chef de cabinet de Marco Rubio durant son mandat de sénateur des États-Unis— et Sevastian Horton —directeur des affaires législatives au sein de la même entreprise et cubano-américain—, n'est ni une prédiction ni une promesse, mais une analyse qui ouvre le débat sur l'avenir de l'île en cas de changement de régime politique.

« Si Cuba s'indépendait, elle hériterait d'une des opportunités économiques les plus attrayantes de l'hémisphère occidental. Si les bonnes décisions sont prises en temps voulu, il n'y a aucune raison qu'elle ne puisse pas devenir le Hong Kong de l'Amérique », écrivent les auteurs.

L'argument repose sur de réels avantages structurels qui sont cependant sous-exploités. Cuba se trouve à seulement 145 kilomètres de la Floride, à la croisée des routes commerciales entre l'Amérique du Nord, l'Amérique du Sud et l'Europe. Son taux d'alphabétisation frôle les 100 %, elle compte environ 9,5 médecins pour 1 000 habitants — contre 2,6 aux États-Unis — et plus de 70 % de sa main-d'œuvre possède un diplôme supérieur au niveau secondaire. "Cette main-d'œuvre qualifiée n'est pas simplement un sujet de conversation, mais un atout compétitif", soulignent Conda et Horton.

Cependant, toute cette base est en train d'être gaspillée. La production industrielle cubaine a atteint en 2024 des niveaux bas jamais vus depuis quarante ans. La récolte de canne à sucre a été inférieure à 150 000 tonnes —le pire résultat en un siècle—, et les coupures de courant dépassent vingt heures par jour. Le taux de change informel s'est établi à 500 pesos cubains pour un dollar, et entre 2021 et 2024, plus d'un million de Cubains ont quitté l'île. Le contraste entre le potentiel du pays et sa réalité actuelle ne pourrait pas être plus brutal.

Les auteurs insistent sur le fait que le chemin vers cette transformation repose sur des conditions légales inébranlables. La loi Helms-Burton exige trois conditions pour lever l'embargo : la libération de tous les prisonniers politiques, la légalisation des partis, des syndicats et de la presse libre, ainsi que la tenue d'élections libres et multipartites.

En mars 2026, seulement 19 prisonniers politiques confirmés avaient été libérés parmi plus de 760 recensés par l'organisation Justicia 11J. "Une économie de marché libre doit être accompagnée d'un peuple véritablement libre. L'ouverture économique sans une véritable liberté politique ne génère pas de prospérité, mais une nouvelle classe d'oligarques liée au régime", avertissent-ils.

Le modèle proposé s'inspire de Hong Kong, dont le PIB par habitant est passé de 400 dollars en 1950 à plus de 50 000 en 2023 grâce à la confiance des investisseurs, à l'état de droit et à la libre circulation des capitaux. Pour Cuba, Conda et Horton proposent des tarifs douaniers bas ou nuls, des taux d'imposition fixes compris entre 15 % et 17 %, une monnaie stable et un environnement réglementaire agile. Ils soulignent également la réouverture totale du système de remises comme catalyseur immédiat : cela permettrait de canaliser des capitaux directement vers les familles et les entrepreneurs cubains sans dépendre d'institutions ni de fonds publics.

L'analyse met en garde également contre le risque qu'une transition mal gérée aboutisse à une oligarchie, comme cela s'est produit dans d'autres pays post-communistes. "La privatisation doit être transparente, généralisée et résistante au favoritisme", exigent les auteurs, et ils demandent à Washington d'agir en tant que partenaire exigeant, et non comme observateur passif.

L'article est publié dans un contexte de négociations inédites. L'administration Trump a confirmé des conversations avec des fonctionnaires cubains dirigées par le secrétaire d'État Marco Rubio, qui a exigé un "changement total de régime, système politique et modèle économique".

Pour la diaspora cubaine, la proposition revêt une dimension profondément émotionnelle. "Beaucoup rentreraient, mais seulement dans une Cuba véritablement libre", concluent Conda et Horton, avant de lancer leur avertissement final : "La fenêtre est ouverte, mais elle ne restera pas ouverte éternellement."

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