Le Département d'État des États-Unis a d'abord rencontré en exclusivité Raúl Guillermo Rodríguez Castro, le petit-fils de Raúl Castro connu sous le nom de "El Cangrejo", avant de s'asseoir avec le ministère des Affaires étrangères cubain lors de sa visite à La Havane le 10 avril.
Ce fait révèle que le véritable interlocuteur de Washington n'est pas Miguel Díaz-Canel mais l'entourage de GAESA, le conglomérat militaire qui contrôle entre 40 % et 70 % de l'économie cubaine.
Cette séquence — d'abord le pouvoir réel, ensuite le pouvoir formel — définit la logique des négociations entre Cuba et les États-Unis en 2026.
«Les négociations doivent avoir lieu avec eux. J'imagine. Et c'est de là qu'il sort, n'est-ce pas ? C'est la personne de la famille Castro qui a un lien direct avec ce conglomérat», a souligné l'un des analystes qui a examiné le développement de ces contacts.
Raúl Guillermo Rodríguez Castro a 41 ans, est lieutenant-colonel du MININT et a été chef de la sécurité personnelle de son grand-père depuis 2016.
Il n'occupe pas de poste public formel, mais son lien direct avec GAESA en fait la figure de la famille Castro ayant le plus de poids réel dans les négociations.
Le conglomérat qu'il représente accumule des revenus 3,2 fois supérieurs au budget de l'État cubain et contrôle 95 % des transactions en devises de l'île.
Sa architecture a été consolidée par le général Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, ex-époux de Déborah Castro, la fille de Raúl, qui est décédé en juillet 2022.
« Que se serait-il passé si López Calleja était vivant ? Ce serait lui qui aurait négocié cela, non ? Ce sont des intérêts. Des intérêts économiques », a souligné la même source.
Díaz-Canel, selon les analystes, participe au processus mais dans un rôle secondaire : il sera celui qui met en œuvre ce qui est décidé, pas celui qui prend les décisions.
Le juriste Roberto Veiga, directeur de Cuba Próxima, l'a résumé avec précision : Díaz-Canel "est minimalement habilité dans le processus". Sa participation existe, mais elle ne correspond pas à un leadership.
Washington parie sur cet environnement car il comprend que la stabilité à Cuba ne se construit pas uniquement avec un discours politique.
"Seulement avec de l'idéologie, ils ne réussiront pas. Il faut rechercher des financements concrets et une capacité de gestion économique et sociale réelle," a averti l'un des analystes consultés.
Les seuls membres de la haute direction du régime qui ont physiquement quitté Cuba dans le cadre de ces négociations sont le fonctionnaire identifié comme Pérez Bolívar Fraga et le propre "El Cangrejo", qui selon des rapports de presse s'est réuni dans les Caraïbes avec l'équipe du secrétaire d'État Marco Rubio.
Le contraste avec le Venezuela est révélateur. Delcy Rodríguez, vice-présidente vénézuélienne, s'est rencontrée à Doha avec des agents de la CIA, selon ce que rapporte le journal ABC, mais elle l'a fait loin de son pays. À Cuba, en revanche, les contacts peuvent se faire directement sur l'île. La raison est structurelle : "À Cuba, il n'y a qu'une seule [famille au pouvoir]. Les autres gravitent autour des avantages qu'elle leur accorde".
Cette relation entre l'entourage Castro et Washington n'est pas non plus nouvelle. "La relation entre Delsi Rodríguez et le frère avec les États-Unis était déjà intense, même depuis l'administration précédente. Très intense. Les niveaux de conversation, de dialogue, d'interlocution et de certaines confiances étaient déjà établis. Ils ne naissaient pas avec cette administration", a précisé la source de l'analyse.
La visite du 10 avril a été le premier vol officiel d'un avion gouvernemental américain à Cuba depuis 2016.
Le sous-directeur général du MINREX pour les États-Unis, Alejandro García del Toro, a décrit la rencontre comme "sérieuse, respectueuse et professionnelle". Mais la séquence des réunions — d'abord le clan, puis la diplomatie formelle — a clairement montré qui détient le discours qui compte.
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