France 24 distorde la crise à Cuba : Quand le rationnement raté se présente comme une “victime” des sanctions



Cola dans une bodega à La HavanePhoto © Capture d'écran vidéo YouTube / FRANCE 24

Vidéos associées :

Un récent reportage de FRANCE 24 sur la situation à Cuba a suscité plus d'incrédulité que d'information parmi ceux qui connaissent de première main la réalité de l'île.

Le média français affirme que “le durcissement des sanctions américaines met en danger le système de rationnement”, une phrase qui, plutôt que de décrire la réalité, semble tirée du discours officiel du régime cubain.

Captura de pantalla / FRANCE 24

Parce qu'il convient de le dire sans détour : qu'est-ce qui serait exactement "mis en danger" ? Un système qui aujourd'hui ne garantit même pas le minimum nécessaire pour survivre ? Une ration qui depuis des années ne couvre plus le mois et qui oblige des millions de Cubains à chercher de la nourriture en dehors du circuit étatique ?

Présenter le rationnement comme une sorte de filet de sécurité menacé semble, au minimum, déconnecté de la réalité.

Pour la plupart des Cubains, la libreta n'est pas une solution, mais plutôt le rappel quotidien d'un modèle qui ne fonctionne pas. Les produits arrivent en retard, en quantités ridicules ou ne arrivent tout simplement pas. Parler de son « déclin » maintenant, comme si c'était quelque chose de récent, c'est ignorer des décennies de déclin.

Le reportage, en outre, insiste sur une approche déjà connue : attribuer la crise au durcissement des sanctions des États-Unis. Sans nier l'impact que peuvent avoir certaines mesures extérieures, réduire l'effondrement économique de Cuba à ce facteur est une simplification qui frôle la désinformation.

La narration qui centre la crise uniquement sur des facteurs externes omet également un phénomène de plus en plus évident sur l'île : la dollarisation de facto de l'économie.

Alors que les magasins d'État restent en pénurie, des boutiques en devises ont proliféré —beaucoup d'entre elles sous le contrôle de conglomérats militaires tels que GAESA— où il y a des aliments et des produits de première nécessité, mais à des prix inaccessibles pour la majorité des Cubains.

Ces magasins, bien approvisionnés et fonctionnant en dollars, démontrent l'argument d'un supposé “blocus” absolu sur l'importation de biens, tout en creusant l'inégalité entre ceux qui reçoivent des envois d'argent et ceux qui dépendent exclusivement d'un salaire en pesos cubains.

La pénurie alimentaire, les coupures de courant constantes, la chute de la production nationale et la dépendance aux remises n'ont pas commencé cette année ni la semaine dernière. Ce sont le résultat cumulatif d'années de mauvaise gestion, d'un système économique centralisé incapable de générer de la richesse et de décisions politiques qui ont étouffé l'initiative privée et la productivité.

De fait, le propre reportage reconnaît qu'une grande partie de la population dépend aujourd'hui de l'argent envoyé de l'étranger pour pouvoir se nourrir. Cette réalité, à elle seule, remet en question l'idée que le système étatique — y compris le rationnement — fonctionne comme un soutien de base pour la société.

Il est particulièrement frappant que des médias internationaux continuent à tomber dans ce type de cadres narratifs, où le système de rationnement apparaît presque comme une victime collatérale, plutôt que d'être compris pour ce qu'il est réellement : une conséquence directe de la pénurie structurelle et de l'échec économique du modèle imposé depuis plus de six décennies.

Il y a des décennies, il y a eu un moment où le carnet pouvait représenter un mécanisme de distribution en période de difficultés. Mais ce contexte a disparu depuis longtemps.

Aujourd'hui, insister sur cette image n'est pas seulement anachronique, mais profondément injuste envers une population qui traverse une crise beaucoup plus complexe que ce que certains titres laissent entendre.

Parce que le véritable problème à Cuba n'est pas que le rationnement soit "en danger".

Le problème, c'est que cela fait des années que cela a cessé d'être une solution. Continuer à raconter l'histoire comme si c'était encore le cas n'aide ni à comprendre ni à résoudre la dure réalité à laquelle des millions de Cubains sont confrontés chaque jour.

Archivé dans :

Équipe éditoriale de CiberCuba

Une équipe de journalistes engagés à informer sur l'actualité cubaine et les sujets d'intérêt mondial. Chez CiberCuba, nous travaillons pour offrir des informations véridiques et des analyses critiques.