Nouvelle loi à Cuba officialise la Police de la migration avec juridiction nationale et pouvoirs étendus



Premier colonel Mario Méndez Mayedo, chef de la Direction de l'Identification, de l'Immigration et des Étrangers du Ministère de l'Intérieur.Photo © Facebook/Cancillería de Cuba.

La Gaceta Oficial de Cuba a publié aujourd'hui les lois sur la Migration, la Citoyenneté et l'Étranger approuvées par l'Assemblée Nationale en juillet 2024, ainsi que leurs règlements, et l'un des éléments les plus significatifs du nouveau cadre normatif est la formalisation légale de la Police de Migration en tant que corps policier spécialisé avec juridiction sur l'ensemble du territoire national.

Les trois lois —approuvées le 19 juillet 2024 mais inédites jusqu'à ce jour— ont été publiées dans la Gaceta Oficial No. 39 ainsi que les Décrets 136 et 137 de 2025, qui les réglementent, et la Résolution 24/2025 du Ministère de l'Intérieur (MININT).

Captura de Facebook/Cancellerie de Cuba

Le Titre XI de la Loi 171/2024 sur l'Immigration reconnaît expressément la Police de l'Immigration comme un service de la Direction de l'Identification, de l'Immigration, de l'Étranger et de la Citoyenneté (DIMEC) du MININT, avec des fonctions qui vont bien au-delà du contrôle des frontières.

Selon l'article 139 de la loi, le corps a « des fonctions préventives, d'attention aux migrants, de protection de leurs droits, de discipline sociale et d'ordre public, ainsi que de contribuer à garantir l'exécution des résolutions et des décisions des tribunaux de justice et des autorités migratoires en ce qui concerne les étrangers ».

Le règlement, contenu dans le décret 136/2025, précise que la Police des Migrations a une juridiction nationale et peut intervenir dans les hôtels, les lieux de travail, les biens locatifs, les spectacles publics, sur la voie publique, dans les aéroports, les ports et sur les routes, pas seulement aux frontières.

L'article 331 du Décret 136/2025 stipule que le corps « peut demander les documents d'identité aux personnes dans n'importe quel endroit du territoire national ».

Un des aspects les plus frappants est son impact sur les citoyens cubains. L'article 139.4 de la loi habilite la Police de l'immigration à « assurer, retenir, conduire et recueillir des déclarations auprès des citoyens cubains qui participent, en collaboration avec des étrangers, à la commission des actes » répréhensibles ou qui peuvent témoigner.

Le règlement précise également que le corps porte un uniforme spécifique, des armes à feu et des menottes, et que ses véhicules arborent le logo de la DIMEC avec la désignation « Police de la Migration ».

Le terme « Police des migrations » figurait déjà dans le projet de loi approuvé en juillet 2024, avec un article 139 presque identique à celui publié aujourd'hui.

Ce qui change, c'est qu'il a cessé d'être un projet et a été publié comme loi dans le Journal officiel, accompagné de son règlement, où sont précisés des rôles élargis qui n'existaient pas dans la réglementation précédente.

La législation qui est abrogée —la Loi 1312 sur la migration de 1976 et ses modifications— reconnaissait la Direction de l’Identification, de l’Immigration et des Étrangers ainsi que les « fonctionnaires de l’Immigration », mais ne définissait pas un corps policier spécialisé portant ce nom ou ayant compétence sur l'ensemble du territoire.

Le nouveau cadre réglementaire introduit également d'autres changements importants : il supprime la limite de 24 mois de séjour à l'étranger qui faisait automatiquement des Cubains des « émigrés », crée le concept de Résidence Efficace Migratoire et établit la citoyenneté effective, qui permet d'avoir une autre citoyenneté sans perdre la citoyenneté cubaine.

En même temps, la loi consolide un vaste système de contrôle étatique, avec de multiples motifs d'interdiction de sortie du pays pour les Cubains — y compris la préservation de la « main-d'œuvre qualifiée » et la protection de « l'information officielle » — et des motifs d'inadmission qui incluent des actions contre le système politique cubain.

Les lois ont été approuvées par le parlement cubain il y a presque deux ans, mais elles sont restées sans publication, ce qui a engendré des situations anormales, comme la nécessité de créer un décret-loi urgent en mars 2026 pour régulariser la condition migratoire des investisseurs et des affaires pour la diaspora cubaine.

Les normes entreront en vigueur 180 jours après leur publication dans le Journal Officiel, ce qui situe la date effective aux alentours de novembre 2026, période durant laquelle le MININT devra adapter ses systèmes et structures pour se conformer aux nouvelles réglementations.

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