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La Gaceta Oficial de Cuba a publié aujourd'hui les lois sur la Migration, la Citoyenneté et l'Étranger approuvées par l'Assemblée Nationale en juillet 2024, ainsi que leurs règlements, et l'un des éléments les plus significatifs du nouveau cadre normatif est la formalisation légale de la Police de Migration en tant que corps policier spécialisé ayant juridiction sur l'ensemble du territoire national.
Les trois lois —approuvées le 19 juillet 2024 mais inédites jusqu'à aujourd'hui— ont été publiées dans la Gazette Officielle No. 39 ainsi que les Décrets 136 et 137 de 2025, qui les réglementent, et la Résolution 24/2025 du Ministère de l'Intérieur (MININT).
Le Titre XI de la Loi 171/2024 sur la Migration reconnaît expressément la Police de Migration comme un service de la Direction de l'Identification, de la Migration, des Étrangers et de la Citoyenneté (DIMEC) du MININT, avec des fonctions qui vont bien au-delà du contrôle aux frontières.
Selon l'article 139 de la loi, le corps a des « fonctions préventives, d'assistance aux migrants, de protection de leurs droits, de discipline sociale et d'ordre public, ainsi que de contribuer à garantir l'exécution des résolutions et des décisions des tribunaux de justice et des autorités migratoires en ce qui concerne les étrangers ».
Le règlement, contenu dans le Décret 136/2025, précise que la Police des Migrants a une juridiction nationale et peut intervenir dans les hôtels, les centres de travail, les biens immobiliers en location, les spectacles publics, sur la voie publique, dans les aéroports, les ports et sur les routes, et pas seulement aux frontières.
L'article 331 du Décret 136/2025 stipule que le corps « peut demander les documents d'identité aux personnes dans n'importe quel endroit du territoire national ».
Un des aspects les plus frappants est l'impact sur les citoyens cubains. L'article 139.4 de la loi autorise la Police de l'Immigration à « assurer, retenir, conduire et prendre des déclarations aux citoyens cubains qui participent, en collaboration avec des étrangers, à la commission des faits » infractionnels ou qui peuvent fournir des témoignages.
Le règlement précise également que le corps porte un uniforme propre, des armes à feu et des menottes, et que ses véhicules arborent le logo de la DIMEC avec la désignation « Police de Migration ».
Le terme «Police des migrations» apparaissait déjà dans le projet de loi approuvé en juillet 2024, avec un article 139 presque identique à celui publié aujourd'hui.
Ce qui change, c'est qu'il a cessé d'être un projet et a été publié comme loi dans la Gaceta Oficial, avec son règlement, où sont précisées des fonctions élargies qui n'existaient pas dans la réglementation précédente.
La législation abrogée —la Loi 1312 sur la Migration de 1976 et ses modifications— reconnaissait la Direction de l'Identification, de l'Immigration et des Étrangers et les «fonctionnaires de l'Immigration», mais ne définissait pas un corps policier spécialisé sous ce nom ni avec compétence sur l'ensemble du territoire.
Le nouveau cadre normatif introduit également d'autres changements significatifs : il supprime la limite de 24 mois de séjour à l'étranger qui transformait automatiquement les Cubains en « émigrés », crée le concept de Résidence Effective Migratoire et établit la citoyenneté effective, permettant d'avoir une autre citoyenneté sans perdre la citoyenneté cubaine.
En même temps, la loi consolide un large système de contrôle étatique, avec de multiples motifs d'interdiction de sortie du pays pour les Cubains —y compris la préservation de la «main-d'œuvre qualifiée» et la protection de «l'information officielle»— et des motifs d'inadmission qui incluent des actions contre le système politique cubain.
Les lois ont été approuvées par le parlement cubain il y a presque deux ans, mais elles sont restées non publiées, ce qui a engendré des situations anormales telles que la nécessité de créer un décret-loi urgent en mars 2026 afin de régulariser la condition migratoire des investisseurs et des entreprises pour la diaspora cubaine.
Les normes entreront en vigueur 180 jours après leur publication au Journal Officiel, ce qui fixe la date effective aux alentours de novembre 2026, délai pendant lequel le MININT devra adapter ses systèmes et structures pour se conformer aux nouvelles réglementations.
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