
Le régime cubain a autorisé les mipymes, travailleurs indépendants, entités étatiques avec des cantines ouvrières et institutions à but non lucratif à gérer les cantines du Système d'Attention à la Famille (SAF), le programme d'alimentation subventionnée destiné aux personnes en situation de vulnérabilité. La décision, publiée ce mardi dans la , constitue une nouvelle reconnaissance de la incapacité de l'État à soutenir à lui seul l'un de ses principaux programmes d'assistance sociale.
Les nouvelles dispositions —l'Accord 10418 du Conseil des ministres et la Résolution 14/2026 du Ministère du Commerce intérieur (MINCIN)— entreront en vigueur sept jours après leur publication, autour du 11 août, et abrogent des normes approuvées à peine un an auparavant, un changement qui illustre la rapidité avec laquelle le gouvernement tente d'adapter un système incapable de répondre à l'aggravation de la crise économique et alimentaire.
La réforme élargit officiellement les modalités par lesquelles le service de restauration du SAF peut être fourni. Bien que les établissements publics de Commerce restent la principale voie, des entreprises avec cantine ouvrière, des formes de gestion non étatiques et des institutions ou associations à but non lucratif pourront désormais participer. Dans les zones rurales ou difficiles d'accès, le service pourra même être proposé depuis des foyers de restauration communautaire ou par des particuliers dans leurs propres logements.
La ministre du Commerce intérieur, Betsy Díaz Velázquez, a présenté la mesure comme faisant partie des transformations économiques impulsées par le Gouvernement.
"Un service fourni dans une unité gastronomique peut être géré par des acteurs économiques, tant étatiques que non étatiques, en dehors du commerce. Il se peut donc qu'une entreprise avec des résultats spécifiques et des revenus déterminés décide de gérer cette unité gastronomique, de s'occuper des bénéficiaires du SAF et d'offrir un service de qualité."
Selon des déclarations diffusées par Canal Caribe, l'ouverture vise à ce que des entreprises ou des acteurs privés gèrent ces établissements sans modifier le caractère subventionné du programme.
"Bien que la gestion ne soit pas étatique, les bénéficiaires du système seront définis localement par les groupes de politique sociale", a assuré la fonctionnaire.
Cependant, la réglementation laisse ouvertes des questions fondamentales sur la viabilité économique du nouveau modèle.
Une analyse du média indépendant El Toque mentionne que bien qu'il soit établi que les prix seront fixés par le Ministère des Finances et des Prix et que les directions provinciales et municipales des Finances prendront en charge le financement du subside, il n'indique pas combien recevront les nouveaux gestionnaires ni quel sera le mécanisme pour compenser les coûts d'exploitation.
Les obligations pour ceux qui gèrent ces établissements ne sont pas moindres. La Résolution 14/2026 exige de garantir deux repas par jour avec les apports nutritionnels certifiés par l'Institut National d'Hygiène, d'Épidémiologie et de Microbiologie, d'offrir un service de livraison à domicile pour ceux qui ne peuvent pas se déplacer et de respecter les exigences sanitaires et d'infrastructure, qui incluent des équipements de conservation des aliments, la disponibilité d'eau, une capacité de cuisson, des sanitaires fonctionnels et l'accessibilité pour les personnes à mobilité réduite.
Le programme s'adresse principalement aux personnes âgées vivant seules, aux personnes handicapées sans soutien familial et aux familles en situation de vulnérabilité qui n'ont pas les conditions nécessaires pour cuisiner chez elles. De manière exceptionnelle, les femmes enceintes ayant besoin d'un renfort alimentaire en raison de leur situation économique pourront également en bénéficier.
L'ouverture se produit alors que Cuba traverse la pire crise alimentaire des dernières décennies. Le Food Monitor Program a rapporté en mai 2026 que 96,91 % de la population n'a pas un accès adéquat aux aliments, 33,9 % des ménages ont eu un membre qui s'est couché affamé au cours du mois précédent, et parmi les personnes de plus de 60 ans — le principal groupe pris en charge par le SAF —, 55,6 % ont déclaré avoir complètement perdu l'accès aux aliments.
Dans ce contexte, l'État a dû recourir à plusieurs reprises à l'aide internationale pour maintenir opérationnels les restaurants du programme. Il y a à peine quelques semaines, le Programme alimentaire mondial a livré 106 tonnes de viande en conserve pour approvisionner 130 restaurants du SAF à Villa Clara, face à l'impossibilité pour le Gouvernement de garantir l'approvisionnement avec ses propres ressources.
La flexibilisation du SAF fait partie du paquet de 176 mesures économiques annoncées par le régime en juin 2026, avec lesquelles ils cherchent à élargir la participation du secteur privé dans des activités traditionnellement réservées à l'État.
La même Gaceta Oficial a également mis en vigueur les normes pour les dits Marchés de Quartier et les nouveaux marchés de gros, deux initiatives qui ouvrent des espaces au commerce de gros et de détail avec la participation d'acteurs non étatiques et même des modalités d'investissement étranger. Parmi les incitations fiscales, on note une réduction de 5 % de la taxe sur les ventes au détail pour ceux qui participent au projet Marché de Quartier et l'exonération totale de la taxe sur les ventes pour les acteurs non étatiques qui commercialisent de manière de gros des produits importés destinés au système de commerce intérieur.
Lors de la présentation des mesures, Díaz Velázquez a réaffirmé que le gouvernement maintiendra la politique de « subventionner les personnes et non les produits », une formule répétée depuis plusieurs années et qui accompagne désormais la décision de déléguer une partie de l'aide alimentaire à des acteurs privés, dans un contexte où le déclin économique a considérablement réduit la capacité de l'État à soutenir ses propres programmes sociaux.
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