176 mesures et un fossé millionnaire : Monreal expose l'incapacité du régime à s'occuper des plus vulnérables

Ancien cubain (image de référence)Photo © CiberCuba

L'économiste Pedro Monreal a averti ce mardi que le paquet de 176 mesures économiques du régime cubain manque de soutien fiscal suffisant pour s'occuper ne serait-ce que de la population vulnérable que le gouvernement lui-même reconnaît.

Les chiffres officiels identifient 1,365 millions de personnes en situation de vulnérabilité, mais en 2025, le budget n'a permis de couvrir que 303.000.

Dans sa publication sur X, l'économiste a exposé l'énorme écart entre les ressources consacrées à l'assistance sociale et les besoins officiellement reconnus, et a remis en question la capacité des 176 mesures à impulser une reprise économique tant que la détérioration des conditions de vie de millions de Cubains ne sera pas résolue.

Monreal a également établi un lien direct entre le nouveau paquet économique et l'expérience de la Tâche d'Ordonnancement : « Ceux qui, en 2020, ont défendu la Tâche d'Ordonnancement comme condition indispensable pour relancer l'économie nationale assurent maintenant qu'ils peuvent la sauver grâce à un paquet de 176 mesures ».

Le contraste entre promesse et réalité est, selon l'économiste, une preuve de la « perte d'ambition de la politique économique nationale ». L'Ordonnancement a promis en 2021 que « ceux d'entre nous qui travaillent avec l'État seront dans une meilleure position », mais s'est finalement accompagné d'une forte inflation et d'une nette perte du pouvoir d'achat.

Une lacune fiscale difficile à combler

Le cœur de l'argument de Monreal est l'énorme écart entre les ressources consacrées à l'aide sociale et les besoins que reconnaissent les propres chiffres officiels.

Le dernier chiffre officiel identifie 1,365 millions de personnes et 1,004 million de ménages en situation de vulnérabilité, alors qu'en 2025, le budget n'a couvert que 303.000 personnes et 179.000 ménages, pour un coût de 5.396 millions de pesos, soit 0,43 % du PIB.

Étendre cette couverture à l'ensemble de la population vulnérable officiellement reconnue obligerait à multiplier les dépenses actuelles par environ 4,5. En prenant comme référence les données fournies par Monreal, la dépense s'élèverait à 24 300 millions de pesos et porterait l'effort budgétaire à environ 2 % du PIB, un niveau que l'économiste considère difficilement atteignable.

La brèche serait encore plus grande si l'on se base sur l'estimation de l'ONU, qui identifie à Cuba 4,2 millions de personnes avec des besoins humanitaires, équivalant à 44,5 % de la population. Pour couvrir une population de cette ampleur, il faudrait, selon l'analyse citée par Monreal, un coût proche de 6 % du PIB.

Le chiffre officiel sur la vulnérabilité, conclut l'économiste, s'avère donc « optimiste » par rapport à cette estimation.

Les 176 mesures et le financement de l'assistance sociale

Le paquet de 176 mesures, annoncé par Miguel Díaz-Canel le 11 juin et ratifié par l'Assemblée nationale quelques jours plus tard, inclut la mesure 64, qui prévoit que des acteurs étatiques, privés nationaux et étrangers apportent des ressources à une « responsabilité sociale au niveau communautaire ».

Monreal souligne, cependant, qu'il n'existe pas d'estimation quantitative sur ce que pourrait apporter ce mécanisme ni de calcul précis des économies potentielles découlant de la suppression des subventions universelles.

Le manque de clarté concernant ces sources de financement revêt une importance accrue au regard du volume des ressources nécessaires pour élargir la couverture sociale à l'ensemble de la population vulnérable reconnue par les autorités elles-mêmes.

Tourisme face à la santé et à l'agriculture

Le déséquilibre social souligné par Monreal coïncide avec une politique d'investissements qui, pendant des années, a privilégié des secteurs comme le tourisme. En 2024, Cuba a consacré 37,4 % de tous ses investissements d'État au tourisme, soit environ 36.843 millions de pesos, tandis que la santé publique a reçu 1.977 millions et l'agriculture 2.645 millions.

L'investissement touristique était ainsi presque 14 fois supérieur à celui destiné à l'agriculture et plus de 18 fois supérieur à celui alloué à la santé publique.

Ce modèle d'investissement est en grande partie contrôlé par GAESA, le conglomérat militaire ayant une large présence dans des secteurs stratégiques de l'économie cubaine et qui a fait l'objet de sanctions américaines successives en 2026, sous prétexte qu'il génère des revenus pour le régime pendant que la population souffre du déclin économique.

Les critiques de Monreal sur le nouveau paquet économique

Monreal a souvent remis en question les 176 mesures depuis leur annonce. L'économiste les a qualifiées de «monstre» ou de «hybride déformé», a mis en garde contre les «nébulosités» de leur application et a dénoncé l'une d'elles comme étant «anti-syndicale».

En août, moins de deux mois après l'annonce du package, plusieurs provinces ont de nouveau imposé des plafonds de prix, une décision qui contredit le supposé objectif de flexibilisation économique associé à certaines des mesures.

«Le récit officiel insiste sur l'interrelation des 176 mesures, mais reste imprécis sur leur séquence et sur les effets sociaux d'une application asymétrique. 'Libérer les forces productives' est une promesse pour l'avenir : cela nécessite du temps et une priorité productiviste. La misère généralisée, en revanche, est ressentie au quotidien», a écrit Monreal.

L'économiste a également averti que retarder les mesures visant à contenir ce déclin social « accroîtrait le risque d'élargir et d'aggraver » la situation et éroderait encore plus l'acceptation populaire des promesses économiques du régime.

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