
Le régime cubain a de nouveau recouru ce week-end à l'une de ses images de propagande favorites pour présenter Raúl Castro : celle du vieux guerrier qui, malgré le passage des années, reste apparemment prêt à entrer en combat.
Lors de l'événement célébrant le 65ème anniversaire de la Direction de la Sécurité Personnelle du Ministère de l'Intérieur (MININT), qui s'est tenu à La Havane et était présidé par Castro aux côtés de Miguel Díaz-Canel, le général de brigade Emir Mesa Corona a assuré que l'ancien dirigeant, âgé de 95 ans, reste « prêt à défendre la Révolution ».
La phrase n'est ni fortuite ni nouvelle. Elle est devenue un élément récurrent de la construction propagandiste autour de Castro depuis qu'il a quitté formellement la direction du Parti Communiste de Cuba (PCC) en 2021.
Lors de cette despedida, Raúl lui-même a affirmé qu'il continuerait comme «un combattant révolutionnaire, prêt à apporter ma modeste contribution jusqu'à la fin de ma vie» et qu'il serait «prêt à défendre la patrie, la Révolution et le socialisme plus que jamais».
Depuis lors, la propagande officielle a maintes fois repris la métaphore équestre pour transmettre une idée très précise : Raúl peut avoir laissé ses fonctions, mais pas le pouvoir symbolique ni son statut de gardien du système construit par les frères Castro.
Un Raúl «prêt» pour la bataille
La Présidence cubaine a cette fois poussé la rhétorique beaucoup plus loin. Dans son compte rendu de l'événement, elle a décrit Castro comme un homme de « fermeté » et de « lignée de guérillero invaincu », tandis que Mesa Corona l'a présenté comme un « exemple d'austérité » et un « paradigme de l'organisation, de la planification, de l'exigence et de la discipline ».
Le chef de la Sécurité personnelle a également affirmé que Raúl « a consacré sa vie à défendre les principes de la Révolution socialiste » et a soutenu que c'est lui qui enseigne que « aucune bataille n'est impossible à gagner ».
L'estampille épique contraste inévitablement avec l'âge du protagoniste et avec les rumeurs récurrentes sur son état de santé qui ont accompagné ses absences prolongées de la scène publique.
Ce samedi, Castro est resté assis au premier rang pendant l'événement, il a reçu une distinction en tant que « Chef Fondateur » de la Direction de la Sécurité Personnelle et a écouté les hommages qui lui étaient rendus. Sa présence a pris une importance particulière précisément après de nouvelles spéculations sur sa santé.
CiberCuba a déjà documenté comment chaque épisode de rumeurs concernant Castro tend à provoquer une réaction de l'appareil officiel visant à réaffirmer publiquement sa vitalité politique.
De «Raúl es Raúl» au «pied à l'étrier»
Un des exemples les plus évidents s'est produit en septembre 2025. Après la circulation d'un mensonge sur la prétendue mort du général, des institutions étatiques, des ministères, des médias officiels et des comptes liés à l'appareil du régime ont déployé une campagne coordonnée sous les slogans «Raúl est Raúl» et «Et il est toujours là».
Les affiches partageaient des couleurs, des designs et des messages pratiquement identiques. On y voyait Castro vêtu de vert olive, à nouveau accompagné du slogan « Con le pied à l'étrier ».
Le Ministère du Tourisme a alors proclamé : « Il reste sur le pied de l'étrier. Il n'est pas descendu, il n'est pas parti. Son empreinte continue de marquer le rythme ».
La formule «Raúl est Raúl» reproduit également un autre vieux mécanisme du discours officiel cubain : transformer le nom du dirigeant en argument suffisant pour légitimer son autorité.
Pendant des décennies, «Fidel est Fidel» a été une expression de cette exceptionnalité attribuée au fondateur du régime. En 2022, même le premier ministre Manuel Marrero Cruz a eu recours à la formule «Fidel est Fidel et Raúl est Raúl» tout en parlant de la nécessité de préserver la confiance des Cubains dans leurs dirigeants.
La différence est que désormais la propagande essaie de transférer une partie de ce culte à la figure d'un Raúl Castro qui n'occupe formellement ni la Présidence ni le leadership du PCC, mais qui continue d'être présenté comme une référence supérieure de la soi-disant « continuité ».
«Charge au machette»
La métaphore de l'étrier n'apparaît pas non plus isolée. Elle est associée à une rhétorique militaire que le régime a intensifiée dans ses messages politiques.
Le premier mai dernier, la présidence elle-même a diffusé un message de Castro affirmant qu'ils restaient «avec le pied à l'étrier et prêts pour la charge au machette».
Raúl avait déjà utilisé pratiquement la même formule le 1er janvier 2024, lors de l'acte pour le 65e anniversaire du triomphe révolutionnaire à Santiago de Cuba.
En mai de cette année, lors d'un autre acte de soutien au général, Díaz-Canel a de nouveau invoqué la métaphore et a clôturé son message par une expression qui révélait la hiérarchie symbolique qui est encore attribuée au vieux dirigeant : «Continuez avec le pied dans l’étrier. Donnez vos ordres !».
Le résultat est une image soigneusement répétée : un homme de 95 ans qui, bien qu'officiellement retiré de ses principales responsabilités politiques, est présenté encore et encore comme un commandant disponible pour donner des ordres et entrer en combat.
«Guerrillero invicto», «hommes immenses» et «bastion hermétique»
La chronique publiée ce dimanche par la Présidence constitue également un catalogue du langage épique qui continue de dominer une grande partie de la narration institutionnelle cubaine.
Raúl apparaît comme «guerrillero invaincu» ; les responsables de la protection de la hiérarchie sont «courageux et loyaux», composent une «troupe héroïque» et forment un «bastion hermétique» ; Fidel et les autres dirigeants protégés sont décrits comme des «hommes immenses» ; et les 32 cubains morts au Venezuela sont présentés comme des hommes qui «ont lutté comme des lions».
La propre Direction de la Sécurité Personnelle est définie comme une « famille loyale » de ceux qui ont eu « la responsabilité de diriger la Révolution ».
Dans un message lu lors de l'événement par le ministre de l'Intérieur, Lázaro Alberto Álvarez Casas, Castro a demandé que le sang des 32 Cubains morts au Venezuela « ne soit jamais oublié » et que son exemple devienne « le guide à suivre » par les membres de la Sécurité Personnelle.
Mesa Corona est allé encore plus loin en se demandant publiquement ce que feraient les Forces Armées, la Contre-intelligence Militaire, le MININT et « chaque Cubain révolutionnaire » si quelqu'un tentait de « kidnapper ou assassiner » l'un des principaux dirigeants du régime.
Le chef militaire a conclu son intervention en récupérant l'un des slogans les plus anciens du castrisme : «Nous avons été, nous sommes et nous serons une Sécurité Personnelle de Patrie ou Mort : Nous Vaincrons».
Une épopée qui survit à ses protagonistes
L'insistance à présenter Castro comme un guerrier actif est particulièrement significative car le régime traverse le vieillissement inévitable et la disparition de la génération qui a pris le pouvoir en 1959.
CiberCuba avait déjà signalé en 2023 la contradiction entre le relais générationnel annoncé et la permanence de Raúl Castro et d'autres dirigeants historiques dans des espaces de pouvoir. Un an plus tard, après le décès de plusieurs généraux de sa génération, ce média est revenu sur l'image du « pied dans l'étrier » pour souligner le contraste croissant entre la propagande de vitalité et le passage inexorable du temps.
Cependant, loin d'abandonner cette représentation, l'appareil officiel l'a renforcée.
La réapparition de ce samedi le prouve à nouveau. La propagande ne présente pas simplement un ancien dirigeant de 95 ans assistant à une cérémonie commémorative : elle construit autour de lui l'image d'un guerrier permanent, entouré de gardes du corps devenus « famille », d'ennemis en embuscade, de martyrs servant d'exemple et de combattants prêts à défendre la direction.
Plus de cinq ans après avoir quitté formellement la direction du Parti communiste, Raúl Castro continue de chevaucher le même cheval imaginaire dans le récit officiel.
Et le régime insiste sur le fait qu'il a encore un pied dans l'étrier.
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