Le pétrolier cubain Eugenia Gas a reçu l'autorisation le 2 mars 2026 de charger du gaz de pétrole liquéfié (GPL) au port de José, au Venezuela, devenant ainsi la première cargaison réussie d'un navire cubain de ce type depuis fin 2025.
Le fait a été confirmé par le suivi AIS et par l'expert en énergie Jorge Piñón. Selon des rapports de 14ymedio, le navire a été "deux mois à errer dans les Caraïbes" avant d'obtenir l'autorisation au Venezuela.
Le navire, qui navigue sous pavillon du Belize et fait partie de la flotte de cabotage cubaine, a passé environ deux mois à parcourir les Caraïbes à la recherche d'approvisionnements en GPL sans succès. Parmi les tentatives infructueuses du "Eugenia Gas", on trouve un refus à Kingston, Jamaïque, survenu trois semaines avant la publication, et un autre à Curaçao.
La Jamaïque a rejeté l'opération par crainte de représailles commerciales des États-Unis, dans le cadre du décret signé par le président Donald Trump le 29 janvier dernier, qui sanctionne ceux qui fournissent du carburant à Cuba. Ce n'était pas le seul cas. Le pétrolier Emilia también est également revenu vide à Cuba au début de février, après avoir été rejeté en Jamaïque. L'analyste Piñón a alors souligné que "la Jamaïque a échappé de justesse" à l'exposition aux tarifs douaniers américains.
Il existe des doutes sur l'identité du fournisseur du combustible qui alimentera le "Eugenia Gas". Le fournisseur pourrait être PDVSA directement, ou les sociétés de négoce de matières premières Vitol ou Trafigura, qui ont obtenu des licences individuelles du Bureau de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du Département du Trésor des États-Unis en janvier de cette année, pour la revente de pétrole vénézuélien, avec des exportations destinées aux États-Unis et à plusieurs pays européens.
Cette cargaison acquiert également une dimension politique importante : ce serait le premier envoi de carburant depuis le Venezuela vers Cuba après la capture de Nicolás Maduro par des forces spéciales américaines le 3 janvier 2026, dans l'opération dénommée "Détermination Absolue". Maduro, qui s'est autoproclamé "prisonnier de guerre" et "président constitutionnel" après son arrestation, fait face à des accusations de trafic de drogue et de narcoterrorisme devant un tribunal fédéral de New York.
L'opération du "Eugenia Gas" s'inscrit dans un contexte de grave crise énergétique à Cuba. Le pays a besoin d'environ 110,000 barils par jour de combustible, mais n'en produit en interne qu'environ 40,000. Le Venezuela, qui fournissait historiquement 50,000 barils par jour par l'intermédiaire de PDVSA, a réduit son approvisionnement à entre 10,000 et 30,000 barils par jour depuis 2024, aggravant ainsi le déficit de l'île.
La pénurie de GPL a des conséquences directes sur la population. Plus de 100 000 foyers dans la province de Matanzas n'ont pas de fourniture régulière depuis janvier 2025, ce qui oblige les familles à cuisiner avec du bois ou du charbon. Au niveau électrique, Cuba fait face à un déficit de 2 000 mégawatts qui affecte 64 % du pays.
Otros deux pétroliers complètent le tableau de l'approvisionnement énergétique à Cuba ces semaines-ci. Le "Jasper", battant pavillon du Cameroun et de Vanuatu et sanctionné par l'Union européenne, est arrivé le 23 décembre 2025 avec 330 000 barils de brut russe à Matanzas et Santiago de Cuba sans que les États-Unis n'empêchent son arrivée. Pour sa part, le "Sea Horse", battant pavillon de Hong Kong, se trouvait ce dimanche à 1 463 milles nautiques de la côte nord cubaine, avançant à une vitesse minimale de 0,8 nœuds et supposément chargé de 200 000 barils de combustible russe, bien que Moscou ait démenti cette information.
Le décret présidentiel de Trump de janvier 2026 a été un facteur déterminant dans l'échec de multiples tentatives d'approvisionnement dans les Caraïbes, poussant le régime cubain à dépendre presque exclusivement de Venezuela et Russie, tous deux confrontés à leurs propres limitations logistiques et politiques. Si la cargaison de "Eugenia Gas" est complétée et que le navire arrive à Cuba sans contretemps, cela représenterait un soulagement ponctuel mais insuffisant face à une crise énergétique qui n'a pas de solution à court terme.
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