Cuba : propriétés, investissement et justice pour le peuple, les trois dilemmes de la transition, selon Saladrigas


L'homme d'affaires cubano-américain Carlos Saladrigas, coprésident du Cuba Study Group, a abordé ce mercredi les trois grands dilemmes d'une éventuelle transition économique à Cuba : comment fonctionne le crédit d'impôt comme outil d'investissement, qui prend possession des biens et des mipymes, et quelle justice reste pour les victimes du régime.

Saladrigas, âgé de 77 ans et figure emblématique, qui forme depuis 2001 plus de 15 000 entrepreneurs cubains à travers le programme Cuba Emprende, a expliqué que le crédit d'impôt serait accordé à ceux qui ont perdu des biens sur l'île.  "Ce n'est pas un cadeau, mais un incitatif conditionné : Si tu reçois un crédit d'impôt et que tu ne l'investis pas, tu l'as perdu. Ainsi, de cette manière, on accorde un crédit d'impôt, mais cela crée un nouvel investissement ou encourage un nouvel investissement", a-t-il déclaré.

Le nœud le plus délicat soulevé par Saladrigas est la tension entre l'efficacité économique et la justice historique. Les proches du régime contrôlent aujourd'hui les mipymes et ont accès à des concessions stratégiques comme celle du port de La Havane, ce qui les place en position de force face à toute ouverture. Pendant ce temps, ceux qui ont été dépouillés par la dictature risquent de se retrouver à nouveau exclus. "Je crois qu'il y a une éthique équitable ici qui doit être résolue," a-t-il admis.

Cependant, Saladrigas a averti que la restitution physique des propriétés fait face à un obstacle concret : "Ces propriétés, sauf la terre, n'existent plus." Il a ajouté que le démantèlement des concessions en cours pourrait se compliquer "de manière extraordinaire dans les tribunaux", ce qui transforme la restitution en un processus juridiquement incertain et potentiellement interminable.

Ante ce scénario, Saladrigas a insisté sur le fait que l'humanisme doit être au cœur de tout plan : "Ce que nous ne pouvons pas nous permettre, c'est de laisser de côté l'humanisme dans ce processus de transition ou de stabilité économique. Le bien-être du peuple, le bien-être de la nation doit être notre priorité."

Ces déclarations interviennent à un moment de crise économique aiguë à Cuba. Le PIB a chuté de 5 % en 2025, le revenu par habitant n'est que de 1 082 dollars —le plus bas d'Amérique Latine—, les coupures de courant touchent 64 % du pays et le peso s'est dévalué de 47,8 % en un an, atteignant 580 pesos pour un dollar sur le marché informel.

Le débat a également un lien légal actif. Plus de 500 familles ont activé des réclamations de propriétés confisquées depuis 1959, encouragées par les déclarations de Trump sur la chute imminente du régime. La Corte Suprema de Estados Unidos a entendu en février des arguments concernant les demandes Helms-Burton présentées par Havana Docks et ExxonMobil, et un verdict est attendu avant juin 2026 qui pourrait ouvrir la voie à des litiges massifs.

L'expert Jordi Cabarrocas, de la société 1898 Compañía de Recuperaciones Patrimoniales, propose des compensations et des échanges de terrains au lieu d'une restitution physique pour éviter les expulsions, et il est catégorique : "Personne ne sera expulsé."

Saladrigas, pour sa part, conditionne tout plan d'investissement à la levée totale des sanctions américaines, qualifiant d'"impossible" d'avancer sans cette condition, et résume l'ampleur du défi par une phrase directe : "L'argent ne va pas sortir du sol."

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