Raúl Castro continue de régner à Cuba : L'image du "Cangrejo" dans le Bureau Politique qui révèle tout

Raúl Guillermo Rodríguez Castro, El cangrejoPhoto © Canal Caribe

La télévision d'État cubaine a diffusé ce vendredi, sans apparemment réaliser ce qu'elle révélait, une image qui condense l'architecture réelle du pouvoir à Cuba : Raúl Guillermo Rodríguez Castro, surnommé "El Cangrejo", chef de la sécurité personnelle de Raúl Castro, est apparu assis parmi les membres du Bureau Politique lors de une réunion de l'élite du régime présidée par Miguel Díaz-Canel au siège du Comité Central à La Havane.

La réunion, captée par Canal Caribe vers 6h30 du matin vendredi, réunissait le Bureau Politique, le Secrétariat du Comité Central et le Comité Exécutif du Conseil des Ministres. Raúl Guillermo, âgé de 41 ans et lieutenant-colonel du Ministère de l'Intérieur (MININT), n'est pas membre du Bureau Politique et n'occupe aucun poste officiel au sein du Parti ou du Gouvernement cubain.

Sebastián Arcos, directeur intérimaire de l'Institut d'Études Cubaines de l'Université Internationale de Floride (FIU), a analysé les images en direct et a été catégorique.

La présence de Raúl Guillermo au Bureau Politique, alors qu'il n'est pas membre de ce dernier, est importante pour comprendre la véritable relation de pouvoir à Cuba. Il y est et il faut regarder l'image avec attention, il observe Díaz-Canel avec beaucoup d’attention, pour voir si Díaz-Canel continue de lire le discours qu’on lui a donné. Et il va immédiatement faire rapport à son grand-père sur ce qui s’est passé lors de cette réunion.

El propre Díaz-Canel, sans le réaliser, a confirmé cette interprétation lors de son intervention. En se référant aux négociations avec les États-Unis, il a affirmé qu'elles sont dirigées par Raúl Castro et lui-même. Pour Arcos, cette phrase résume tout : "Définitivement, dans cette phrase, il a défini le véritable pouvoir de Cuba. Il l'a lui-même défini".

Arcos a été encore plus direct : "Le véritable pouvoir à Cuba est entre les mains de Raúl Castro, et non du président de la république et du premier secrétaire du parti. En fin de compte, celui qui décide, c'est Raúl Castro, retiré et sans fonction. Peu importe. C'est lui qui continue à diriger."

Le crabe en scène

Raúl Guillermo est le petit-fils de Raúl Castro par sa mère Débora Castro Espín, et fils du général décédé Luis Alberto Rodríguez López-Calleja, qui présidait GAESA — le conglomérat militaire qui contrôle entre 30 % et 40 % de l'économie cubaine — jusqu'à sa mort en juillet 2022.

Depuis 2016, il dirige la Direction Générale de la Sécurité Personnelle (DGSP), ce qui lui confère un contrôle absolu sur l'accès physique au vieux leader de 94 ans. Son surnom vient du fait qu'il est né avec une polydactylie —six doigts à chaque main— bien qu'il ait été opéré durant son adolescence.

La présence du Cangrejo dans cette salle n'est pas un fait isolé. Depuis février 2026, des rapports de Axios et du Miami Herald révèlent que le secrétaire d'État Marco Rubio entretient des conversations secrètes avec lui —y compris une rencontre à Saint-Kitts lors du sommet CARICOM— concernant l'avenir de Cuba, contournant les canaux officiels de Díaz-Canel. Un fonctionnaire de l'administration Trump a décrit ces contacts comme "des conversations étonnamment amicales".

La réunion de vendredi a eu lieu à un moment de pression interne maximale : La Havane accumulait sept jours consécutifs de casserolades et de manifestations nocturnes contre des coupures de courant allant jusqu'à 21 heures par jour, déclenchées par une panne à la centrale thermique Antonio Guiteras le 5 mars, touchant plus de six millions de personnes. Cubalex a signalé au moins 14 arrestations en raison de ces manifestations.

Dans ce contexte, Díaz-Canel a opéré un tournant à 180 degrés par rapport à la position officielle : jusqu'au 10 mars, les fonctionnaires du régime niaient toute négociation avec Washington.

Le vendredi elles ont été confirmées publiquement et l’annonce de la libération de 51 prisonniers —sans les qualifier de politiques— et la possible visite du FBI pour enquêter sur l'incident de la lancha du 25 février. Pour Arcos, il s'agit de concessions minimales : "Nous sommes pratiquement au point zéro de ces négociations. Ils n'ont cédé en rien."

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