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Le sénateur républicain Ted Cruz a déclaré ce dimanche qu'il existe aujourd'hui une plus grande probabilité que jamais dans nos vies de voir de nouveaux gouvernements en Venezuela, Cuba et en Iran dans les six prochains mois.
Les déclarations de Cruz synthétisent la mise de la part de l'administration Trump sur La Havane et relancent le débat sur la question de savoir si la pression américaine peut cette fois-ci produire ce qu'elle n'a jamais réussi en 67 ans de dictature.
L'affirmation de Cruz n'est pas une rhétorique vide. Elle repose sur une convergence de pression externe et d'implosion interne qui distingue le moment actuel de tous les épisodes précédents de confrontation entre Washington et La Havane, depuis la Baie des Cochons en 1961 jusqu'à l'embargo, en passant par la détente d'Obama et le durcissement du premier mandat de Trump.
La stratégie repose sur trois vecteurs simultanés. Le premier fut la capture de Nicolás Maduro par l'unité Delta Force le 3 janvier 2026, qui a éliminé d'un coup l'approvisionnement vénézuélien de entre 26 000 et 35 000 barils quotidiens de pétrole, soit 80 à 90 % des importations pétrolières cubaines.
Le deuxième, la Décret Exécutif 14380, signé par Trump le 29 janvier, qui a déclaré l'état d'urgence nationale et imposé des tarifs à tout pays fournissant du brut à Cuba, forçant le Mexique à suspendre les envois et la Garde côtière à intercepter au moins sept pétroliers. The New York Times l'a qualifié de premier blocage effectif depuis la Crise des Missiles de 1962.
Le troisième est le secrétaire d'État Marco Rubio, qui exige un changement total du système de gouvernement comme condition sine qua non pour toute normalisation, s'ancrant dans la Loi Helms-Burton de 1996.
Ce qui rend cet épisode structurellement différent des crises précédentes est la combinaison d'un effondrement interne sans réseau de sauvetage externe. Le PIB cubain a chuté de 23 % accumulés depuis 2019, avec des projections d'une chute supplémentaire de 7,2 % en 2026 selon The Economist Intelligence Unit. La population effective est passée de 11,3 millions à entre 8,6 et 8,8 millions en raison de l'exode massif : plus d'un million d'émigrants depuis 2021, soit l'équivalent de 10 % de la population. Le système électrique a subi au moins deux collapsus totaux en mars, avec des coupures de courant allant jusqu'à 20-25 heures continues à La Havane et des déficits de génération supérieurs à 2 000 MW. Díaz-Canel a même proposé de cuisiner au bois.
Le modèle historique montre qu'à chaque fois que Cuba a perdu un soutien extérieur —l' URSS en 1991, le Venezuela partiellement en 2019— le régime a cherché de nouveaux alliés ou a fait des concessions minimales sans céder le pouvoir. Aujourd'hui, la Russie et la Chine ont renforcé symboliquement leur soutien : Poutine a promis d'envoyer du pétrole et le ministre de l'Intérieur russe a visité La Havane en janvier pour faire progresser les technologies de surveillance. Mais un tanker russe est retourné en arrière devant les avertissements de Washington, faisant apparaître les limites réelles du soutien de Moscou. Pour les deux puissances, perdre un nœud de renseignement et un symbole de résistance antioccidentale dans l'hémisphère représenterait un coup stratégique significatif.
Díaz-Canel a confirmé le 25 mars que lui et Raúl Castro participent à des négociations avec des représentants de Washington. Cuba a libéré 51 prisonniers politiques, contre 1 214 documentés par Prisoners Defenders. Les États-Unis exigent la démission de Díaz-Canel comme étape préalable à tout accord. L'écart entre les deux positions reste abyssal.
Cruz a reconnu l'incertitude du moment : "J'admets qu'il y a mille façons dont cela pourrait mal tourner. Mais c'est ce qui se passe lorsque l'on voit la force des États-Unis". La question à laquelle l'histoire n'a pas encore répondu est de savoir si cette force, cette fois, est suffisante pour plier une dictature qui résiste depuis presque sept décennies.
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