
Une des grandes fallacies du socialisme cubain a été de faire croire que la pauvreté était une conséquence exclusive de l'embargo américain. Cependant, l'histoire montre que le déclin économique a commencé bien avant que les sanctions n'atteignent le niveau qu'elles possèdent aujourd'hui. La racine du problème se trouve dans un modèle qui a subordonné toute l'activité économique à un unique objectif : préserver le pouvoir politique.
Depuis les premières années de la 'Révolution', l'initiative privée a disparu. Des milliers de petits commerçants, agriculteurs, industriels et professionnels indépendants ont été absorbés par un État qui promettait de mieux gérer la richesse nationale. Ce qui a suivi a été exactement le contraire.
Lorsque le gouvernement devient le seul employeur, le seul investisseur, le seul exportateur et le seul importateur, la concurrence disparaît. Sans concurrence, il n'existe pas d'innovation. Sans innovation, la productivité chute. Et quand la productivité disparaît, la pauvreté cesse d'être un accident pour devenir un système permanent.
À Cuba, le salaire a cessé de représenter le fruit du travail. Il est devenu une allocation politique. Le citoyen ne prospère plus grâce à son effort, mais grâce à la permission de l'État. Cette dépendance transforme le travailleur en sujet.
La libreta de ravitaillement constitue peut-être le symbole le plus évident de cette relation. Elle est née comme une mesure temporaire en 1962 et, plus de six décennies plus tard, elle continue d'exister. Ce qui devait être une solution d'urgence a fini par se transformer en un mécanisme de gestion de la pénurie.
À cette dépendance alimentaire s'est ajoutée une autre encore plus profonde : la dépendance financière. Pendant des années, l'économie cubaine a survécu grâce à d'énormes subventions étrangères. D'abord l'Union soviétique, ensuite le Venezuela. Au lieu de profiter de ces ressources pour moderniser la production nationale, le régime a consolidé un modèle improductif soutenu par des aides extérieures.
Chaque fois qu'un bienfaiteur international a disparu, l'économie cubaine est entrée dans une nouvelle crise. Cela s'est produit après l'effondrement soviétique et s'est reproduit avec l'effondrement du subside vénézuélien. L'histoire montre qu'un système incapable de se soutenir par lui-même finit inévitablement par dépendre des autres.
La planification centralisée a également détruit le secteur agricole cubain. Un pays qui, pendant des décennies, était exportateur de sucre, de café et de nombreux produits agricoles a fini par importer une grande partie des aliments qu'il consomme. La terre n'a pas cessé de produire par manque de fertilité ; elle a cessé de produire parce que ceux qui la cultivaient ont perdu l'incitation à le faire.
L'économie a cessé de répondre aux besoins des citoyens pour ne répondre qu'aux priorités de l'appareil politique. Le résultat a été une société où les aliments, les médicaments, le transport, le logement et même l'espoir font défaut.
La migration massive constitue aujourd'hui la preuve la plus convaincante de l'échec économique. Des millions de Cubains ont quitté l'île à la recherche de ce que leur propre pays a cessé de leur offrir : des opportunités.
Paradoxalement, le même système qui a condamné la propriété privée pendant des décennies dépend désormais des envois d'argent envoyés par ceux qui ont émigré vers des économies de marché. Ce sont précisément les Cubains qui prospèrent sous des modèles économiques différents qui soutiennent, par leurs efforts, une grande partie des familles qui restent sur l'île.
La grande leçon pour l'Amérique Latine est claire : lorsque l'État concentre tout le pouvoir économique, il concentre inévitablement aussi le pouvoir politique. Et lorsque le citoyen dépend du gouvernement pour travailler, se nourrir, entreprendre ou prospérer, la liberté commence à devenir un privilège et non un droit.
L'expérience cubaine démontre qu'aucune nation n'atteint la justice sociale en détruisant la liberté économique. La prospérité ne naît pas du contrôle absolu, mais d'institutions solides, de règles stables, de la sécurité juridique, de l'initiative privée et d'une citoyenneté capable de construire son propre destin sans demander la permission au pouvoir.
L'économie doit être un chemin vers l'indépendance du citoyen, jamais un instrument pour garantir son obéissance. C'est, peut-être, une des leçons les plus importantes que Cuba offre aujourd'hui à l'ensemble de l'Amérique Latine.
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