Cruceros dans le viseur : la Cour suprême des États-Unis pourrait ouvrir la voie à des poursuites pour des affaires à Cuba



Cour suprême des États-Unis.Photo © Wikipédia

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La semaine prochaine, l'avenir de certaines des plus grandes compagnies de croisière au monde sera entre les mains de la Cour Suprême des États-Unis. Ce qui est en jeu n'est pas seulement un litige qui traîne depuis la Guerre froide, mais des millions de dollars, l'ampleur de l'embargo et le message que Washington enverra à toute entreprise qui traite avec des biens confisqués à Cuba.

Le lundi 23 février, les juges entendront les arguments de l'affaire Havana Docks Corp. v. Royal Caribbean Cruises Ltd., un procès qui pourrait redéfinir le coût d'exploitation sur l'île. Au centre de la controverse se trouve le Terminal de Croisières du Port de La Havane, une installation dont la concession appartenait à une entreprise américaine avant d'être confisquée par le gouvernement cubain en 1960.

Décades après, lorsque, durant le dégel provoqué par l'administration Obama, des milliers de touristes américains ont commencé à arriver à Cuba en croisière, des compagnies comme Royal Caribbean, Norwegian, Carnival et MSC ont utilisé ce port entre 2016 et 2019. Elles font maintenant face à l'accusation d'avoir "trafiqué" une propriété confisquée, en violation du Titre III de la Loi Helms-Burton.

Ce titre permet aux citoyens et aux entreprises américaines de poursuivre en justice des entités qui profitent de biens expropriés par le régime cubain après 1959. Bien que la norme ait été approuvée en 1996, elle est restée suspendue sous plusieurs administrations jusqu'à ce qu'en 2019, le secrétaire d'État de l'époque active pleinement le mécanisme, ouvrant la voie à des poursuites comme celle de Havana Docks.

En 2022, une juge fédérale à Miami a rendu une décision contre les compagnies de croisière et a prononcé des jugements dépassant les 100 millions de dollars. Cependant, la Cour d'appel du 11ème Circuit a annulé cette décision, considérant que la concession originale concernant le port avait expiré en 2004, et qu'il n'y avait donc pas de droit en vigueur pendant la période où les croisières ont opéré à La Havane.

Maintenant, la Cour Suprême devra décider si le droit de poursuivre est lié à la demande certifiée par la confiscation ou à la durée officielle de la concession originale. La différence est cruciale. Un jugement en faveur de Havana Docks non seulement réactiverait les réclamations de plusieurs millions contre les compagnies maritimes, mais pourrait également ouvrir la voie à des milliers de demandes similaires.

Le Département d'État a estimé qu'il existe au moins 200 000 réclamations possibles liées à des propriétés confisquées à Cuba. Pour le secteur des affaires, le message serait clair : faire des affaires sur l'île peut devenir un énorme risque financier, même des années plus tard.

L'administration de Donald Trump a affiché une position ferme dans cette affaire. Le Procureur Général D. John Sauer a demandé à intervenir personnellement lors des plaidoiries devant la Cour, demande qui a été acceptée. L'intervention directe du gouvernement fédéral souligne la dimension politique et stratégique du litige, qui transcende les entreprises concernées.

Des membres du Congrès des deux partis, y compris plusieurs représentants de la Floride, ont défendu que le droit de poursuivre en justice est un pilier central de la politique américaine envers Cuba et un outil pour exercer des pressions économiques sur le régime. Ils affirment que permettre à des entreprises étrangères ou américaines de bénéficier de propriétés confisquées affaiblit cette politique.

De l'autre côté, des associations de l'industrie du voyage avertissent qu'un jugement défavorable générerait une incertitude juridique et remettrait en question la validité des orientations émises par le pouvoir exécutif lui-même concernant les voyages légaux vers Cuba. Elles soutiennent que le secteur a agi en suivant les réglementations fédérales en vigueur à ce moment-là et que changer les règles a posteriori nuirait gravement à l'industrie touristique américaine.

Le cas ne vient pas seul. Ce même jour, les juges entendront également des arguments dans un autre litige lié à la Loi Helms-Burton, cette fois-ci lié à Exxon Mobil et à CUPET, l'entreprise étatique cubaine. Bien que différent par sa nature, le processus renforce l'idée que la plus haute cour s'apprête à examiner l'étendue réelle de l'une des outils juridiques les plus controversés de l'embargo.

Pour Cuba, l'impact économique pourrait se faire sentir au-delà des tribunaux. Si la Cour élargit la portée des recours sous le Titre III, toute entreprise internationale souhaitant investir, opérer ou s'associer à des entités liées à des propriétés confisquées devra reconsidérer ses risques. À un moment où l'île fait face à une profonde crise économique, le résultat pourrait encore renforcer l'isolement financier.

La décision de la Cour Suprême n'affectera pas seulement les géants du tourisme maritime. Elle posera également un précédent sur jusqu'où peut aller la responsabilité de ceux qui ont fait des affaires à Cuba pendant la courte période où les croisières ont de nouveau visité La Havane. Pour de nombreux Cubains, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'île, le jugement pourrait devenir un autre chapitre déterminant dans la longue histoire des tensions économiques entre les deux pays.

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